GAZETTE NUCLÉAIRE
209/210, novembre 2003
Le grand bluff ou les autorités de sûreté muselées
EDITORIAL


  Incroyable mais vrai: des réacteurs déclarés par EDF et sous sa seule autorité aptes à fonctionner 40 et même plus. 
     L’ASN a pourtant écrit, communiqué que les autorisations sont données pour 10 ans à chaque visite décennale et ce après un examen approfondi du réacteur et au moins des 2 points incontournables: la cuve et l’enceinte.
     Des autorisations de rejets spéciaux (canicule oblige) ont été accordées à EDF par le gouvernement. Qu’a donc dit l’ASN sur le sujet?
     Une simple circulaire classe “secret défense” tout ce qui concerne les matières nucléaires. Tout ceci pour empêcher toute information sur les mouvements des combustibles et les balades du plutonium. Circulaire émanant du ministère de la Défense, de qui se moque-t-on? 
     C’est la pratique courante: le gouvernement est omni sage et ce sont tous les autres qui sont coupables et fauteurs de troubles. Quelle superbe approche de l’information et de la transparence. Quel beau dialogue.
     Où est l’ASN? Court-circuitée une fois de plus? Si oui c’est fort grave que le gardien de la sûreté et de la radioprotection soit transformé en ectoplasme.
     Si non, c’est tout aussi grave car d’une part il n’assume pas ses responsabilités en n’apparaissant pas comme signataire et d’autre part sa politique d’ouverture et de concertation n’est plus qu’un chiffon de papier sans intérêt.
     De toute façon “un débat” sur la politique énergétique s’est déroulé; en avez-vous entendu parler ?
     Avant toutes conclusions et tout débat (cette fois au Parlement) on agite l’EPR.
     Être pour le nucléaire est une chose mais imposer l’EPR qui est une aberration technologique (série des années 70, déchets abondants, sûreté soi-disant renforcée mais moins bonne de fait car on rogne sur tout pour gagner sur les coûts et faire du kWh) n’apporte rien au nucléaire.
     Que la sortie du nucléaire soit mal vue par AREVA ne contraint pas EDF à faire des sottises, ni le gouvernement à lui imposer une politique énergétique mal construite et dangereuse.
     Que l’éolien, les renouvelables ne soient pas LA panacée m’empêche pas de les développer pour ouvrir cette politique monolithique que nous subissons.
     De surcroît intervenir sur les transports est une nécessité reconnue mais jamais prise en compte.
suite:
     Rien n’est simple mais à garder le nez fixé sur les échéances électorales on a perdu des années et il est urgent de se reprendre.
     Arrêter le nucléaire est l’objectif de certains, le gonfler celui d’autres, tâchons au moins d’infléchir le cours de ce plan énergétique dément qu’on va nous imposer. Le nucléaire n’a pas d’avenir à terme car nos ressources en minerai ne sont pas suffisantes.
     En conséquence ne construisons pas d’EPR. Ce sera déjà un pas sérieux pour une réflexion approfondie.
     Je suis vraiment très pessimiste. En 1974 le programme a été décidé grâce à une commission ad hoc. Cette fois ce sera décidé pour les mêmes raisons : les firmes qui veulent construire des réacteurs et s’occuper du cycle (combustible, retraitement, plutonium) ont réussi à imposer leurs vues. Plus aucune analyse n’est possible, ne compte que l’argent.
     L’AIEA dans son dernier bulletin (44-Août 2003) donne “six raisons justifiant le nucléaire”:
     1- La maturité
     2-les pays doivent prendre des décisions sur nucléaire ou non
     3-Les réserves fossiles risquent de pas suffire à satisfaire les besoins énergétiques mondiaux.
     4-les usages du nucléaire vont se multiplier : électricité mais aussi propulsion par hydrogène et production eau douce par dessalement.
     5-Une réorientation massive vers le nucléaire s’impose du point de vue écologique: pour diminuer les effets nocifs de l’activité économique sur la biosphère terrestre.
     6-Ce moment de vérité exige que l’on dise la vérité 
     Et à partir de ces 6 affirmations suit un plaidoyer pour chaque item.
     La maturité est axée sur le Traité de Non Prolifération. Compte tenu des conflits actuels dans le monde, certes non nucléaires mais cela change quoi? Et surtout ce fameux TNP n’a pas réduit les menaces et encore moins désarmé des pays qui osent qualifier de “voyou” d’autres états et s’ériger en vertueux alors qu’ils sont responsables de ce qui se passe.

Exit la maturité...

 p.1

     La position des pays sur la sécurité énergétique et la protection de l’environnement est, elle, entièrement dévolue au nucléaire. Car est-il affirmé toute hypothèse crée des dépendances insupportables. Simplement il faut raison garder, la dépendance au nucléaire engendre aussi des problèmes. Il faut donc essayer surtout de commencer par les économies d’énergie ce qui ne semble pas effleurer le rédacteur de l’article.
     La demande mondiale requiert du nucléaire et on repasse par le scénario totalement irréaliste pour ne pas dire plus: de 3.000 à 8.000 réacteurs construits en 50 ans soit de un réacteur par semaine à un tous les 2 jours. d’où la proposition : réorientation massive vers le nucléaire. Mais encore: nucléaire en Iran, en Israël, en Corée, en Bolivie, ....
     Arrêtons la litanie et réfléchissons sérieusement, pas en imaginant un monde angélique et tourné vers le bien des peuples.
     Quant à la diversification du nucléaire, on est loin du compte.
     En ce qui concerne les changements climatiques cessons de croire au miracle nucléaire qui réchauffe la planète par ses rejets, la pollue aussi par ses rejets et en plus fait croire que les économies ne sont pas nécessaires.
     Et pour finir voici la conclusion:
     “Aujourd’hui le nucléaire se heurte à deux obstacles:
La persistance d’une désinformation concernant la technique elle-même, qui couvre toutes les questions habituelles - et le folklore - entourant la sûreté, les déchets, la prolifération et les coûts.
     Une compréhension incomplète, même aux échelons les plus élevés de l’État, de la gravité du problème mondial et de la nécessité d’une énergie propre que seul le nucléaire peut fournir. (..)
     Ce dont notre monde a désespérément besoin, c’est une synthèse constructive.
     Nous devons, tout en adoptant une vision techniquement réalistes, former parmi les citoyens et les responsables de toutes tendances un corps croissant d’opinion qui comprenne toute la gravité du problème auquel nous sommes confrontés. 
     Cette vision existe; c’est celle d’une société évoluant vers une utilisation massive du nucléaire et des sources renouvelables pour la production d’électricité et de l’hydrogène pour la satisfaction des autres besoins énergétiques. (...)
     Notre objectif à la World Nuclear Association, est de vous aider (les membres de British Nuclear Energy Society), vous et les autres, de toutes les façons possibles, à mener cette bataille jusqu’à la victoire.
     Je ne pense pas exagérer en disant que l’avenir même de la planète en dépend.
suite:
     Bon, et on fait quoi avec de tels illuminés (comme ceux de la SFEN chez nous). Ne laissez surtout pas de tels speudo-scientifiques gouverner ni les politiques d’ailleurs. Exercer vos droits de citoyens, en groupe si possible cela a plus de poids.
     Pas triste cet article du bulletin AIEA !

     La Gazette vous offre un dossier sur Yuri Bandajevsky, nécessité oblige. On a fait un petit pas, surtout il faut continuer : Toutes vos lettres sont parties et arrivées là-bas, ce qui a sûrement concouru à l’amélioration constatée.
     Ensuite un petit rappel sur le rubbiatron: rappelez-vous le couplage entre un accélérateur et un réacteur. Pas de déchets, pas de problème....
     Puis un petit point sur l’EPR, les conclusions de la Commission Nationale d’Évaluation qui regarde, écoute mais ne signale pas toutes les difficultés rencontrées. L’inconvénient est que le mensonge par omission est aussi pervers que les autres. Quand les scientifiques sauront-ils peser le pour et le contre et avoir le courage de parler des ratés même s’il y a quelques avancées et quand sauront-ils arrêter de rêver ?
     Ensuite un peu d’histoire sur les sites de stockage et plus particulièrement sur celui de la Vienne. Puis les derniers feux actuels de la FNE à propos des publications le l’académie de médecine.
     Quelques écrits et commentaires de ses données sur Tchernobyl permettent de saisir pourquoi l’IRSN se fait taper sur les doigts.
     Ensuite Global Chance a dégoté une perle dans le rapport des sages. L’éolien perd sa double étiquette d’énergie propre et renouvelable” puisque co-émetteur de gaz à effet de serre et co-consommateur de combustibles fossiles. Comme explique Global Chance on peut aussi le créditer des déchets nucléaires... Mais a contrario le nucléaire peut aussi être créditer d’émissions de CO2 puisqu’il ne peut assurer les transports...
     Et pour finir un texte sur le carbone 14, un sur le tritium et une analyse de WISE sur le MOX.
     On termine par l’analyse du dossier d’enquête de Nogent sur les rejets de tartre et pour finir la pétition contre “le secret-défense”

Bonne lecture et à bientôt.

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Sommaire
- Yuri Bandajevsky
- In memoriam: le Rubbiatron; L’EPR
- La maintenance, mal-aimée indispensable
- CNE: conclusions et commentaires
- Histoire: L’intérêt du site Vienne
- FNE: académie de médecine; Commentaire de M. Fernex
- Intervention Pr Aurengo sur Tchernobyl
- Global Chance: commentaire sur le rapport des sages; Carbone 14; EVT7 (tritium)
- WISE et COGEMA: Mox; Nogent: le tartre
- Pétition contre le “secret-défense”

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