GAZETTE NUCLEAIRE
A PROPOS DU BOUCHET

Petit site abandonné avec des résidus de traitement du minerai d’uranium (70) et laissé d’abord en l’état, puis suite à l’action des conseillers locaux un peu amélioré à la fin des années 70 et enfin toujours avec des conseillers municipaux mais aussi des mesures de la CRII-rad repris au début des années 90. Où en est-on ?
Courrier de Mr Alain COSTE, Conseiller Municipal
à M. Le Directeur du CEA SACLAY
Ballancourt, le 24 juin 1997

     Monsieur le Directeur,

     Des travaux viennent d’être effectués par le CEA dans l’enceinte du CRB/SNPE de Vert le Petit (91) :
- Curage d’une partie d’un affluent de la Juine.
- Création d’un lagunage pour des boues radioactives.
     Au nom des VERTS, je me permets de vous demander si ces travaux étaient prévus ou s’ils se sont avérés nécessaires après la publication de l’expertise de la CRII-RAD sur la décharge radioactive du BOUCHET qui concluait à une diminution importante des rejets dans l’air, du Radon mais qui mettait en lumière les infiltrations importantes des isotopes 238 et 235 d’Uranium, de Plomb, d’Ammonium et de Manganèse dans la nappe phréatique.
     Le CEA s’est engagé en 1992 à évacuer la décharge radioactive. 
     A cette époque, nous étions un certain nombre, Mme SENÉ du GSIEN, Mme RIVASI de la CRII-RAD, M. BROSSARD de l’ENE et moi même et moi même à préconiser la mise en fûts des déchets pour éviter les infiltrations !
     Doit-on imaginer que le curage d’une partie de la Juine, dans l’enceinte du CRB/SNPE n’est qu’une première alerte avant d’autres ?
     Doit-on imaginer que cette décharge restera pendant plusieurs centaines d’années, charge à nos enfants de découvrir les autres ruisseaux contaminés ?
     Je vous serais reconnaissant de nous donner des précisions sur ces travaux du CEA.
     Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de mes salutations distinguées.

RÉPONSE CEA SACLAY
CONTRÔLES RADIOLOGIQUES SUR LE SITE CEA D’ITTEVILLE
SYNTHÈSE DU RAPPORT ENE/CRII-RAD

INTRODUCTION
     Dans le cadre de leur accord de partenariat et compte tenu de l’Arrêté Préfectoral du 3 août 1992, le Centre CEA/Saclay et l’Association "Essonne Nature Environnement" (ENE) sont convenus de procéder à des mesures complémentaires à la surveillance de l’air, du sol, des eaux de surface et des eaux souterraines menées par le CEA/Saclay sur son site au Bouchet et dans l’environnement proche.
     Pour effectuer ces mesures chimiques et radiologiques, ENE a choisi le Laboratoire de la CRII-RAD qui a procédé, tant sur le site et son environnement que sur divers prélèvements, à des mesures directes ou différées en septembre et décembre 1995. Un rapport important (74 pages) a été remis en juin 1996 par la CRII-RAD à ENE. Il présente les résultats des mesures et leur analyse ainsi que plusieurs propositions concrètes.

suite:
     Ce document reprend, de manière synthétique, les analyses et les propositions de la CRII-RAD, ainsi que les réponses apportées par la Direction du Centre CEA/Saclay. Elle sera annexée au dossier mis à la disposition du public et consultable dans les mairies d’Itteville et de Ballancourt. Les résultats de la surveillance du site et des éventuels travaux complémentaires seront également publics.

L’ÉTAT ACTUEL
     Dans son rapport, la CRII-RAD a fourni les résultats des mesures radiologiques de l’air, des eaux souterraines profondes ou proches de la surface, ainsi que ceux relatifs à quelques prélèvements de terre et de lichens.

DESSIN encore  à venir
     Le rapport conclut à un impact radiologique globalement satisfaisant et fait quelques propositions quant à la surveillance du site CEA, étant entendu qu’à terme, ces déchets seront évacués vers un site adéquat.
     De manière générale, les résultats de cette campagne de mesures sont en très bon accord avec ceux effectués de manière continue pour la mesure du radon dans l’air par l’Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire (IPSN) et à fréquence fixe, pour les analyses chimiques et radiologiques des eaux, par le Service de Radioprotection du centre CEA/Saclay.
     oLes mesures de la radioactivité de l’air prélevé au droit du site réaménagé et dans son environnement proche ne révèlent pas de problèmes à moyen terme. Le rapport précise en plusieurs points que les teneurs en radon sont faibles et que la couverture est particulièrement efficace dans la limitation de la diffusion du gaz radon. Les résultats obtenus sont comparables à ceux mesurés dans des zones assez éloignées du site appartenant au CEA ou plus généralement en région parisienne.
     oLa mesure de la radioactivité des poussières A l’instar des algues qui concentrent des minéraux ou certaines substances chimiques présentes dans les eaux stagnantes ou les cours d’eaux, diverses espèces de mousses terrestres piègent également des polluants présents dans l’air sous forme de gaz ou de fines poussières (aérosols). La mesure chimique ou radioactive des matières fixées et concentrées par ces mousses terrestres fournit un "signal amplifié" qui permet ainsi de détecter une éventuelle pollution.
     La mesure du bio-indicateur choisi (le bryum argentum) ne montre pas, comme l’indique le rapport, de "contamination nette par les poussières radioactives qu’ont pu générer l’exploitation et le réaménagement du site".
     oLa mesure de la radioactivité des sédiments et des sols.
     L’analyse des sédiments du rû des prés Picards a montré un excès d’uranium naturel à 40 mètres en aval du site. Il est probable qu’il s’agisse d’un transfert d’uranium ancien antérieur aux travaux de réaménagement. Un curage du rû serait souhaitable. Certains échantillons de sol entre le site et le rû portent également la marque de transferts d’isotopes radioactifs de l’uranium et du thorium.
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     oLes mesures de la radioactivité des eaux ne donnent pas de résultats préoccupants du point de vue de leur qualité, mais confirment la présence des isotopes (238 et 235) de l’uranium dans les eaux souterraines à faible profondeur au Nord du site. Les éléments chimiques ammonium et manganèse y ont été également détectés à des teneurs supérieures aux concentrations maximales admissibles. C’est pourquoi le rapport invite à poursuivre, tout en l’affinant, la surveillance engagée depuis 1990 par les Services de Radioprotection du CEA.
     Ce sont notamment ces propositions d’amélioration et d’affinement du programme de surveillance pour le futur que nous allons examiner.

LES ANNÉES QUI VIENNENT
     Point 1 - " Élimination des poches d’eau stagnantes de la couverture"
     Sur la partie supérieure de la couverture du site, un léger tassement du terrain a provoqué la formation d’une étendue d’eau, profonde de quelques centimètres. Cette couche d’eau stagnante, non prévue, a constitué, en pratique, une barrière supplémentaire pour les gaz radioactifs naturels qui tentent de traverser l’importante couverture. Cependant elle favorise le développement d’une flore aquatique indésirable et nuit à l’écoulement des eaux sur les flancs de la couverture.
     Aussi les remarques formulées sur ce point par la CRII-RAD en septembre 1995 ont conduit le CEA, sans attendre de confirmation du rapport, à poser, dès novembre 1995, des drains, qui se sont révélés efficaces. L’eau ne stagne plus et les végétaux, qui s’étaient développés, ont été retirés.

     Point 2 - " Déplacement de dosimètres radon vers la périphérie du site"
     Dans le rapport, il est proposé de déplacer des dosimètres radon installés sur le site et à l’extérieur afin de les implanter en périphérie de la couverture.
     Cette proposition se fonde principalement sur deux raisons :
* la station n°3 n’est pas le meilleur endroit pour mettre en évidence une éventuelle migration de radon du fait de l’existence de la nappe d’eau stagnante qui s’est créée en partie haute de la couverture.
* par hypothèse, une réduction éventuelle de l’efficacité de la couverture se manifestera plutôt en périphérie.
     oS’agissant de la station n°3, l’élimination de l’eau stagnante au moyen de drains, nous conduit bien à suivre en continu l’efficacité des couches d’argile sans ajout de l’écran supplémentaire constitué par la nappe d’eau qui s’était formée en partie supérieure. Le déplacement de ce détecteur ne se légitime plus.
     o Après discussion avec l’Inspection des Installations Classées, il paraît préférable de conserver ce point de mesure, afin de maintenir l’historique de l’évolution des émanations de radon (avant, pendant et après les travaux d’assainissement du site).

Proposition :
     En considérant l’Arrêté Préfectoral comme un minimum à assurer du point de vue du contrôle de l’environnement, le CEA, en accord avec l’Inspection des Installations Classées, propose de placer, à l’intérieur du site, un dispositif complémentaire de mesure en bordure du dépôt. Ce détecteur aura ainsi la possibilité de mettre en évidence toute réduction du confinement qui pourrait se produire en bordure du site.

     Point 3 - "Contrôles complémentaires concernant l’Avenue de la Gare"

suite:
     Le rapport souligne l’existence d’une zone de quelques dizaines de mètres carrés où le débit d’équivalent de dose est sensiblement supérieur à celui du milieu ambiant naturel.
     Cela est bien connu du CEA. Il s’agirait de déversements accidentels de minerais d’uranium le long de la voie ferrée qui datent de la période d’activité du Centre CEA du Bouchet (1958-1970).
     Au moment des travaux d’aménagement du site, aucune mesure particulière n’a été prise sur cette zone de circulation car elle ne conduisait qu’à une faible exposition du public, étant recouverte par le revêtement de la chaussée de l’Avenue de la Gare.
     Le rapport confirme que cette zone ne pose pas de problèmes pour le public mais suggère néanmoins la résorption de ces anomalies.

Proposition :
     Le CEA rencontrera le Maire d’Itteville pour étudier avec lui les modalités d’extraction et de prise en charge des matériaux de la zone concernée.

     Point 4 - " Réalisation d’un fossé drainant"
     Pendant la phase des travaux de réhabilitation du site CEA du Bouchet, un fossé drainant avait été réalisé, car le minerai d’uranium pouvait être lixivié par les eaux de pluie.
     Aujourd’hui, ce risque a disparu car l’ensemble des déchets sont recouverts par plusieurs couches de matériaux qui assurent à la fois la protection des matières solides et le confinement du radon.

Observation :
     Un fossé ne pourra donc drainer que la terre de couverture; aussi le CEA n’envisage pas de modifier le site de ce point de vue.

     Point 5 - " Renforcement du contrôle des eaux souterraines"
     En application de l’Arrêté Préfectoral du 3 août 1992, le CEA procède à la surveillance radiologique des eaux de l’environnement du site du Bouchet; il effectue aussi une surveillance chimique complémentaire de ces eaux.
     odes eaux de surface sont prélevées dans la Juine et dans l’Essonne, en amont et en aval du site.
     odes eaux souterraines sont prélevées dans cinq piézomètres* (* orifice percé depuis le niveau du sol qui débouche dans une nappe d’eau souterraine située à une distance plus ou moins grande du point d’entrée.) et dans le forage du Domaine de l’Épine, commune d’Itteville :
* quatre d’entre eux portent sur des eaux peu profondes,
* un piézomètre et le forage de l’Épine concernent des nappes profondes.
     Les mesures radioactives effectuées par la CRII-RAD indiquent qu’un transfert d’uranium peut-être mis en évidence au Nord du site dans les eaux peu profondes à une soixantaine de mètres du site CEA. Les activités trouvées par litre d’eau sont sans conséquence sur le plan de la potabilité des eaux. Elles sont inférieures actuellement aux normes préconisées par l’OMS.
     ( Normes OMS = L’organisation Mondiale de la Santé préconise notamment des normes pour le contrôle de la pollution radioactive des eaux de boisson. Ces normes sont calculées en partant de données sévères :
- on suppose que le public consommera journellement (2 litres par jour) l’eau soumise au contrôle;
- la dose qui résultera de la consommation exclusive de cette eau entraînera une dose annuelle de rayonnement inférieure à 0,1 millisievert.)

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     Sur le plan chimique, lésions ammonium et manganèse ont été détectés à des teneurs supérieures aux concentrations maximales admissibles. Le transfert de polluants radioactifs ou chimiques à partir du site, vers les eaux souterraines constitue, selon ENE, un point de préoccupation, d’autant qu’une partie des déchets repose à même le sol tourbeux.
     Le rapport recommande d’étudier, sur le plan radiologique, physico-chimique et hydrologique, un renforcement du contrôle des eaux souterraines.

Propositions :
     Le CEA, en accord avec l’Inspection des Installations Classées, envisage les mesures suivantes :
1- mettre en oeuvre deux nouveaux piézomètres, afin de mieux surveiller l’évolution de la qualité des eaux;
2- élargir la liste des substances chimiques à surveiller, compte tenu des processus industriels mis en oeuvre dans l’ancienne usine;
3- assurer le suivi de l’évolution de la hauteur d’eau dans les différents forages,

4- rédiger une synthèse des résultats de mesure des eaux de surface et souterraines pour la période 1990-1995. Ce document sera mis à la disposition du public.
5- mettre en oeuvre une campagne de mesures en aval de l’Essonne.

     Point 6 - " l’élimination des déchets uranifères et radifères"
     Le rapport rappelle les préoccupations des élus d’Itteville, de Ballancourt et des représentants d’ENE visant à bien considérer l’actuel dépôt des résidus uranifères et radifères, malgré la qualité du confinement, comme étant une entreposage temporaire. Ce site ne présente pas, en effet, les qualités requises pour un stockage à long terme de déchets radifères et uranifères.

Propositions :
     Le CEA/Saclay confirme son engagement d’extraire les résidus entreposés lorsque l’on pourra disposer, à l’échelon national, d’un site d’accueil dédié aux déchets uranifères et radifères. Il en informera alors, avec l’Inspection des Installations Classées, les élus et la population.

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