Dossier TCHERNOBYL

Nous publions la lettre de l'ambassade de Bélarus en France, ainsi que le texte du Président du Comité de suivi et une analyse de Bella Belbéoch. Nous suivons depuis 14 ans les problèmes de Tchernobyl et nous sommes conscients de la gravité de la situation .Tchernobyl est et reste une tragédie pour les populations. Nous devons nous souvenir et les aider chaque fois que c'est possible. C'est donc bien volontiers que nous publions leur courrier.


I- LETTRE DE L'AMBASSADE DE LA RÉPUBLIQUE DE BÉLARUS EN FRANCE
Roman Romanovsky (attaché de presse)

     Vu l'intérêt que votre édition respectée porte aux problèmes des conséquences de l'accident à la centrale nucléaire de Tchernobyl, veuillez trouver ci-joint le texte de l'article écrit par M. Vladimir Tsalko, Président du Comité sur les conséquences de la catastrophe à la centrale nucléaire de Tchernobyl de la République de Bélarus.
     Ledit article donne une image générale des suites de cette catastrophe pour la santé de la population et l'environnement du Bélarus. Il met en valeur les efforts entrepris par le Gouvernement bélarussien dans ce domaine, efforts qui sont souvent sous-estimés ou même négligés par l'opinion publique française.
     J'espère bien que vous pourriez étudier la possibilité de publier cet article dans un des prochains numéros de la Gazette Nucléaire, surtout au moment de la fermeture de la centrale de Tchernobyl.

II- Les conséquences de Tchernobyl en République de Bélarus
Vladimir Tsalko,
Président du Comité sur les conséquences de la catastrophe à la centrale nucléaire de Tchernobyl de la République de Bélarus.

     La république de Bélarus, une des ex-républiques de l'URSS, a acquis son indépendance en 1991. Sa population est 10 millions d'habitants, sa superficie -207 600 km2. Elle est limitrophe avec la Lituanie, la Lettonie, la Pologne, l'Ukraine et la Russie.
     La communauté internationale connaît parfaitement la date de a catastrophe de Tchernobyl -le 26 avril 1986-. Mais en fait peu de gens connaissent le vrai impact de cet accident sur des millions d'habitants des trois pays slaves : le Bélarus, l'Ukraine et la Russie. Il est difficile de surmonter le stéréotype : comme cette catastrophe s'était produite dans la ville ukrainienne de Tchernobyl, donc c'est uniquement ce pays qui en a souffert le plus. En réalité, la plus grande partie du nuage radioactif s'est dirigée vers le Bélarus ayant aussi touché par une de ses ailes la Russie et par l'autre - un certain nombre de pays européens.
     Notre pays a reçu le choc principal de la catastrophe, 23% du territoire du Bélarus a été contaminé par les radionucléides de longue durée, 70% des déchets radioactifs ont pénétré le sol bélarussien pour des décennies à venir.
     Un habitant sur cinq est affecté, soit plus de 2 millions de personnes. Une grande quantité des terres (2 640 km2) et plus d'un quart des massifs forestiers sont exclus de l'exploitation.
     Selon les calculs scientifiques, le préjudice économique porté à notre pays par cet accident est équivalent à 32 budgets annuels du Bélarus de l'année 1986, soit 235 milliards de dollars américains nécessaires pour en surmonter les conséquences pendant une période de 30 ans.
     Mais revenons en 1986.
     Jusqu'en 1991, la lutte contre les premières suites de la catastrophe, l'évacuation des habitants de la zone de 30 km, leur déménagement dans les régions propres du Bélarus, la prise des mesures de première urgence, la définition des normes et niveaux admissibles de la contamination radioactive ainsi que beaucoup d'autres sujets étaient décidés par les dirigeants de l'URSS.
     Les moyens nécessaires ont été alloués du budget de l'Union composée de 15 républiques. Après la dissolution de l'Union Soviétique, la République de Bélarus s'est retrouvée seule face au fardeau des conséquences de la catastrophe. Au cours des premières années après cet accident le Bélarus consacrait aux problèmes de Tchernobyl, jusqu'à 25% de son budget. Actuellement ce chiffre est un peu inférieur.
     En 1988 les Nations Unies ont reconnu le caractère planétaire des conséquences de Tchernobyl en tant que catastrophe écologique radioactive globale, ayant concentré son attention sur les problèmes les plus aigus de la population qui a souffert suite à cette catastrophe considérée comme une tragédie humanitaire internationale de longue portée.

suite:
     La protection et les soins des victimes de cette catastrophe étant une des principales fonctions de l'État, les autorités du Bélarus ont appuyé l'initiative de lancement d'un programme spécial de liquidation des conséquences de la catastrophe de Tchernobyl.
     Vu l'échelle de la contamination et le fait que plus de trois mille villes et villages se trouvent en zone de risque radiologique, force est de constater le manque énorme de moyens pour la mise en oeuvre de tout l'éventail des mesures nécessaires à minimiser l'impact de l'irradiation sur la population et l'environnement du Bélarus. Et pourtant, les autorités de la République de Bélarus n'ont pas abandonné leurs citoyens et, 14 ans après cette tragédie, prêtent beaucoup d'attention à la situation dans les régions affectées et aux gens qui y habitent.
     En conformité avec le programme de minimisation des conséquences de la catastrophe de Tchernobyl, tout un nombre de mesures d'urgence et de longue portée sont déjà réalisées, d'autres sont en train d'être mises en place. 135 mille personnes ont été déménagées dans les régions propres. De nouvelles habitations et infrastructures ont été construites par l'État pour les personnes déménagées. 5 mille citoyens bélarussiens ont encore droit au déménagement et l'État leur garantit ce droit.
     Les efforts de déménagement signifient non seulement des dépenses matérielles considérables, mais aussi la nécessité d'accorder de l'aide psychologique, car il faut expliquer aux gens le danger provenant d'un ennemi invisible et non palpable, il faut chercher et trouver des mots pour persuader les gens de quitter leurs lieux d'habitation traditionnelle et ceux de leurs ancêtres sans parler de la nature magnifique du sud du Bélarus.
     Actuellement, plus de 1,5 millions de personnes habitent dans la zone de contamination radioactive. Et nous disons avec douleur que 437 mille d'entre elles sont des enfants.
     Chaque année l'État bélarussien dépense plus de 50% du budget consacré aux conséquences de Tchernobyl pour la mise en oeuvre des mesures de réhabilitation pour les enfants. Malgré le manque constant de ressources, l'État réalise des programmes spéciaux pour enfants dont le programme présidentiel "Enfants de Bélarus" qui inclut le sous-programme spécial "Enfants de Tchernobyl".
     La loi sur la protection sociale des citoyens affectés par la catastrophe à la centrale nucléaire de Tchernobyl prévoit la remise en forme des enfants affectés, deux fois par an, dans les centres pour la réhabilitation et remise en forme se situant dans les territoires propres. La nutrition gratuite des enfants par des aliments propres est organisée dans les établissements préscolaires et scolaires. Les examens médicaux et traitements gratuits se font chaque année. L'attention importante est accordée à l'élaboration des programmes et manuels éducatifs spéciaux destinés à développer chez les enfants la nouvelle culture écologique. Nous travaillons pour apprendre aux enfants les habitudes pratiques de comportement dans les conditions de risque continu à leur santé.
     Les enfants et la jeunesse ayant appris la culture de vivre dans les territoire contaminés sauront gérer les risques et éviter les dangers pour leur santé. Dans ce sens notre pays a encore un grand travail à accomplir qui doit être mené d'une façon systématique et basé sur les données scientifiques.
     Malheureusement, l'État bélarussien ne dispose pas de moyens suffisants pour résoudre les problèmes liés aux conséquences de Tchernobyl dans tous les domaines de l'économie. Et pourtant la spécificité de la contamination radioactive est qu'aucun pays du monde n'est capable de les surmonter pendant une courte période du temps. C'est pour cette raison que nous devons unir nos efforts pour liquider les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl. En aidant le Bélarus, la communauté internationale va mieux comprendre la nature réelle de l'atome, son utilité et son mal, élaborer les moyens de protection et les transmettre aux populations. Le problème de Tchernobyl doit être hors de la politique parce que la radiation ne connaît pas les frontières et ne respecte pas les conditions des conventions internationales.
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III- A propos de la situation sanitaire au Belarus
Bella Belbéoch, 7 janvier 2001.

     Nous avons été quelque peu surpris de la demande faite par l’Ambassade du Bélarus à Paris de publier dans la Gazette Nucléaire l’article du Pr. Vladimir Tsalko sur les conséquences de Tchernobyl en République de Bélarus. Cet article n’a pas pu être publié pour la date de fermeture de la centrale de Tchernobyl le 15 décembre 2000, comme le demandait M. Romanovsky, Attaché de presse de l’Ambassade car la Gazette était déjà sous presse.
     Le texte du Pr. Tsalko montre l’ampleur de la catastrophe, souligne l’impuissance du gouvernement bélarusse à résoudre les problèmes malgré ses efforts et demande l’aide de la communauté internationale.
     Année après année nous avons insisté dans la Gazette Nucléaire sur la dégradation de la situation sanitaire dans les zones contaminées d’Ukraine, de Biélorussie et de Russie, suite à la catastrophe de Tchernobyl. Nous avons incité médecins et journalistes à aller enquêter sur place en Biélorussie à une époque où tous se précipitaient dans la zone interdite. Nous essayons de faire entendre la voix de ceux qui disent autre chose que la version des experts internationaux. La situation est particulièrement dramatique au Bélarus (ex-Biélorussie). Qui plus est, le Belarus n’a rien à monnayer contrairement à l’Ukraine qui a joué sur la fermeture définitive de la centrale de Tchernobyl.
     Ainsi les lecteurs attentifs des dossiers de la Gazette Nucléaire consacrés à Tchernobyl ne sont pas sans ignorer qu’il y a deux versions complètement contradictoires concernant les conséquences sanitaires de Tchernobyl dans les trois républiques de l’ex-URSS qui ont été les plus contaminées par les retombées de Tchernobyl  : la version des experts officiels pour qui il ne s’est quasiment rien passé à Tchernobyl et celle des médecins et scientifiques de terrain pour qui la situation sanitaire ne fait que s’aggraver pour les habitants des zones contaminées.
     On ne peut pas dire qu’on est aidé par les médias. Un exemple, le journal Le Monde rapportera fidèlement les mutations observées chez les hirondelles devenues blanches mais ne produira que la version très partiale de l’IPSN (Institut de protection et sûreté nucléaire) visant à nier un quelconque effet lorsqu’il s’agit des mutations minisatellites observées chez des enfants nés de parents vivant dans les zones contaminées du Bélarus. Et dans ce cas vous pouvez toujours écrire au courrier des lecteurs…Succès nul garanti.
     Ce sont pratiquement les mêmes experts qu’on retrouve dans toutes les commissions nationales, européennes et internationales. (Un bon exemple était fourni par le Pr. Pellerin). Les experts de l’UNSCEAR (le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des radiations atomiques et), avaient dès 1988 entériné la dose collective estimée par le Pr. Iline, le responsable de la radioprotection soviétique (lui aussi on le trouve dans tous les comités), dose révisée à la baisse par rapport à celle du rapport soviétique à l’AIEA d’août 1986 ce qui diminuait d’autant les effets à long terme de la catastrophe, cancers mortels et effets génétiques.
     Pour les experts internationaux du " Projet International Tchernobyl " réalisé sous l’égide de l’AIEA (agence internationale de l’énergie atomique) le rapport final présenté à Vienne en mai 1991 indiquait que les rayonnements n’avaient eu aucun effet nocif sur la santé de la population des régions contaminées. Il a même été dit que les mesures prises par le pouvoir central soviétique pour protéger la population contre les effets à long terme des radiations furent " excessives ". Rappelons que les délégués scientifiques d’Ukraine et de Biélorussie ont quitté la séance de clôture en signe de protestation.

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     Dans les conclusions du dernier Rapport UNSCEAR 2000 Sources and Effects of Ionizing Radiation on peut lire au sujet de Tchernobyl qu’il y a eu 30 morts dans les jours et quelques semaines qui ont suivi l’explosion du réacteur parmi les travailleurs, qu’il y a eu des lésions dues à l’irradiation chez plus d’une centaine d’autres. Dans la population "il y a eu environ 1800 cas de cancers de la thyroïde chez des enfants exposés au moment de l’accident et si cette tendance se poursuit il pourrait y avoir plus de cas durant les prochaines décades. Mis à part cet accroissement il n’a pas été mis en évidence d’impact sanitaire majeur pour la population pouvant être attribué à une exposition aux radiations 14 ans après l’accident ". Pas de preuves d’augmentation de cancers, ni de leucémie même chez les liquidateurs (…). Et enfin, (je souligne) :" Pour la grande majorité de la population il est improbable qu’elle soit l’objet de conséquences sanitaires sérieuses qui résulteraient d’une irradiation due à l’accident de Tchernobyl ".
     Fait nouveau et à marquer d’une pierre blanche, le Monde publie un article de Nathalie Nougayrède (Le Monde 20 mai 2000) " Les enfants de Tchernobylface à la " mort invisible" ". La journaliste témoigne de la vie quotidienne dans les zones contaminées de Belarus, (là vivent 500 000 enfants), elle rapporte les combats et les déboires du Pr. Vassili Nesterenko, qui tente d’aider les familles à lutter contre les effets de l’irradiation. Cet article a fait tilt, il n’est pas dans la ligne de l’UNSCEAR.
     D’où le courroux du Pr. Lacronique, qui dirige l’Office de protection contre les rayonnements ionisants (OPRI, Office ayant remplacé le SCPRI, service central de protection contre les rayonnements ionisants). Ce Professeur, désormais membre de la sphère des experts officiels en radioprotection, est tout naturellement membre de l’UNSCEAR comme le fut autrefois son prédécesseur le Pr. Pellerin. Par un courrier au Monde (4 juillet 2000) titré " La vérité sur Tchernobyl " il " réagit " à l’article de Nathalie Nougayrède. Le Pr. Lacronique, chef de la délégation française venait justement de participer à deux semaines de travail dans le cadre de l’UNSCEAR. Le courroux du Pr. Lacronique est encore plus grand vis-à-vis de Ross Mountain, directeur du bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) qui a adressé un courrier au Monde le 27 mai, texte " grossièrement tendancieux " selon le Pr. Lacronique.
     Ainsi on perçoit comme un " frémissement " du côté des affaires humanitaires, on ne prend plus pour argent comptant ce que racontent les officiels car le décalage est trop grand entre leurs déclarations lénifiantes et ce qui se vit journellement sur le terrain.
     Un combat entre les dinosaures et les modernes qui veulent tout simplement être plus crédibles ? Serait-il plus difficile aujourd’hui d’envoyer en Ukraine et en Biélorussie le Pr. Pellerin parmi les trois experts de l’OMS dont le rapport de juin 1989 indiquait " que les scientifiques [locaux] qui n’ont pas de profondes connaissances sur les effets des radiations ont attribué divers effets biologiques et sanitaires à l’exposition aux rayonnements ". En somme des incompétents ces scientifiques locaux. Suivi d’un couplet sur le fait que ces effets étaient bien plus vraisemblablement dus à des facteurs psychologiques et au stress. Il serait probablement impossible aujourd’hui d’envoyer Croix-Rouge et Croissant-Rouge en Biélorussie et en Ukraine comme cela a été fait en 1990 et de leur faire conclure, comme précédemment l’OMS, que nombre de symptômes physiques étaient dus au stress psychologique. Entre temps il y a eu l’épidémie des cancers de la thyroïde des enfants, impossibles à nier (bien qu’ils aient été niés au début)…
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     C’est dans ce contexte qu’il faut replacer la demande faite à la Gazette Nucléaire par l’Ambassade du Belarus à Paris de publier un article du Pr. Tsalko sur les conséquences de Tchernobyl en République de Belarus où l’aide internationale est sollicitée.
     Il faut signaler que nous avons fait appel à Monsieur l’Ambassadeur du Belarus à Paris à plusieurs reprises depuis le mois d’octobre 1999 et nous le remercions ici pour avoir effectué toutes les démarches que nous lui avons demandées.
     Tout d’abord pour avoir transmis notre courrier du 16 octobre 1999 au Procureur de la République du Belarus afin d’obtenir des précisions au sujet de l’arrestation du Pr. Youri Bandazhevsky, Recteur de l’Institut de médecine de la ville de Gomel, et des conditions de sa détention.
     Rappelons que le Pr. Bandazhevsky a étudié les conséquences sanitaires de l’incorporation de radionucléides par les habitants des zones contaminées de la région de Gomel en particulier du Césium 137 chez les enfants et montré que les effets nocifs, entre autres sur le système cardio-vasculaire, le système immunitaire, les organes de la vision, augmentent avec la charge en césium 137 par kilogramme de poids de l’enfant.
     Le Pr. Bandazhevsky a été considéré par Amnesty International comme un prisonnier de conscience potentiel. Si nous avons été heureux de la libération du Pr. Bandazhevsky après plus de 5 mois de détention pour les fêtes en fin d’année dernière, nous avons été atterrés d’apprendre que sa détention dans des conditions très difficiles a notablement affecté sa santé. D’autre part il a été destitué de son poste et son procès n’a toujours pas eu lieu.
     En date du 27 février 2000 nous demandions à M. l’Ambassadeur de faire parvenir notre lettre au Président de la République du Bélarus, M. Alexandre Loukachenko, afin qu’il autorise la venue à Paris du Pr. Bandazhevsky pour recevoir la médaille du 14ème congrès mondial de l’IPPNW pour l’ensemble de ses travaux. Malheureusement cette autorisation ne lui a pas été accordée.
     Puis nous avons été très préoccupés par les attaques émanant du Ministère de la santé de la République de Belarus contre le Pr. Nesterenko, Directeur de l’Institut indépendant BELRAD. Cet Institut vise à améliorer la radioprotection des habitants vivant en zones contaminées. Il possède plusieurs unités mobiles et effectue sur des enfants des mesures par spectrométrie gamma de la charge en césium 137 incorporé via la nourriture en se déplaçant dans les villages contaminés. Ce sont des anthropogammamètres simplifiés enregistrant les raies du césium 137 et du potassium 40.
     Cet institut a effectué depuis 1996 des mesures sur plus de 55'000 enfants dans les écoles et les crèches grâce à 6 laboratoires mobiles. Rappelons qu’il a ainsi été décelé que certains enfants ont des charges en césium 137 allant jusqu’à plus de 7 000 Bq/kg dans des villages du district de Narovlia! Or, d’après les travaux du Pr. Y. Bandazhevsky des troubles apparaissent dès que la charge est supérieure à 25-50 Bq/kg.
suite:
     Contrairement à la loi, le Ministère de la santé conteste le droit au Pr. Nesterenko d’effectuer ces mesures sous le prétexte fallacieux que ce serait un acte médical (notre lettre du 16 août 2000 adressée au Ministre de la santé du Bélarus).
     Ces mesures de charge incorporée sont très importantes pour la surveillance radiologique des enfants. En effet il est possible d’éliminer une fraction importante du césium 137 en fournissant aux enfants un complément alimentaire sous la forme de comprimés à base de pectine (présente dans de nombreux fruits), ce qui se fait également en Ukraine.
     Nous sommes alors intervenus par courrier du 21 septembre 2000 auprès de M. Alexandre Loukachenko, Président de la République du Belarus.
     C’est là qu’il devient difficile de comprendre les attaques subies par les Pr Bandazhevsky et Nesterenko. Certes c’est moins grave que l’emprisonnement, mais d’autres scientifiques ont subi des pressions, il y a eu des remaniements de laboratoires, des réorganisations dont le résultat est la cessation de certaines études etc.
     Le texte du Pr. Tsalko montre bien que la situation sanitaire au Belarus est très préoccupante. C’est à l’OPRI, à l’IPSN, au ministère de la santé, au Parlement que le Pr. Tsalko doit envoyer son texte mais aussi à l’UNSCEAR pour obtenir une aide internationale en disant la vérité sur la situation réelle, en fustigeant ceux qui mentent lorsqu’ils disent qu’il est improbable que la population ait à subir des effets néfastes suite à Tchernobyl alors qu’elle les subit déjà. 
     Il faut que le gouvernement du Belarus ait une position claire:
     - ou il est d’accord avec les instances telles que l’UNSCEAR et alors il ne peut attendre aucune aide internationale quelle qu’elle soit puisque pour ces experts il ne s’est rien passé à Tchernobyl, hormis quelques enfants atteints de cancers de la thyroïde…
     - ou il dit la vérité sur les conséquences néfastes de Tchernobyl et demande ouvertement l’aide internationale. Mais il faut pour que la vérité soit reconnue qu’il soutienne ses scientifiques qui osent encore faire face à ce qui ressemble fort à un complot international et alors il faut que cessent les brimades, l’arbitraire, que cesse la répression à leur encontre, et au contraire il faut les encourager à poursuivre leurs travaux.
     Nous voulons espérer que, comme dans tout État de droit, la société civile puisse avoir la liberté d’entretenir une collaboration directe avec ces chercheurs et puisse soutenir financièrement les travaux qui ont une portée bien en dehors des frontières du Belarus, car personne n’est à l’abri d’un accident nucléaire dans son propre pays.
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IV- L'arrêt de la centrale de Tchernobyl
EXTRAITS DU DOSSIER DE PRESSE - IPSN
Décembre 2000
Chapitre 3 (page 10 à 23)
     Le «sarcophage»
     En 1986, les autorités russes ont fait construire en quelques mois un bâtiment appelé "sarcophage" au dessus du réacteur accidenté pour:
     - empêcher que la radioactivité présente dans la lave et les structures restantes du réacteur se disperse dans l'environnement;
     - empêcher l'eau de pluie de pénétrer dans ce qui restait du réacteur et d'entraîner la contamination dans le sol;
     - permettre d'exploiter l'unité 3 mitoyenne de l'unité accidentée qui partageait des installations communes avec l'unité 4 comme le hall des turbines et le bâtiment des auxiliaires.
     Le sarcophage a été construit sur les deux murs restants de l'unité 4, dont l'un est commun avec l'unité 3. Les deux autres murs ont été construits sur les débris du bâtiment du réacteur.
     Le sarcophage est constitué de poutres et de grandes plaques métalliques qui, compte tenu des débits de dose très élevés à proximité du réacteur, ont été posées à l'aide de grues, sans possibilité d'assurer leur jointure et leur fixation. En outre, les forts rayonnements auxquelles sont soumises les structures peuvent les fragiliser. Cette situation ne permet pas de faire un diagnostic précis sur la solidité à moyen et long terme du sarcophage.
     En plus de ce bâtiment, un mur de séparation a été construit dans le hall des turbines pour isoler les turbines de l'unité 4 de celles de l'unité 3.
     Dans le bâtiment des "auxiliaires" qui séparait ces deux unités, les compartiments dédiés à l'unité 4 ont remplis de béton, créant ainsi une protection contre les rayonnements de plus de 6 mètres d'épaisseur.
     Sur le côté nord du réacteur numéro 4, un mur de protection de 50 mètres de hauteur soutenu par quatre gigantesque marches a été construit pour renforcer le sarcophage et faire fonction de protection contre les rayonnements. Ce mur, appelé mur des "cascades", a une épaisseur de 20 mètres dans sa partie la plus basse.
     Le toit du sarcophage, composé de plaques de tôle, repose sur des tubes d'acier de 1,2 mètres de diamètres posés sur quatre énormes poutres (deux "B1" et deux "B2") ancrées sur les murs est et ouest du réacteur.
     Côté sud du réacteur numéro 4, deux énormes piliers ont été construits sur les fondations du réacteur détruit pour soutenir un autre mur fait de poutres et de plaques.
     Une très grande partie des 190 tonnes du combustible du réacteur est toujours dans le sarcophage. La surface de la lave constituée à partir de la fusion du combustible et des structures (100 à 130 tonnes, dont 50 à 80 tonnes de combustible) est aujourd'hui à température ambiante.
     En outre, les compartiments inférieurs du réacteur renferment 3 000 m3 d'eau provenant d'une part de l'eau utilisée pour l'extinction de l'incendie, d'autre part du ruissellement de la pluie.
     Outre l'effondrement du sarcophage, il existe deux risques:
     - Le premier est un risque de criticité, c'est-à-dire le redémarrage d'une réaction en chaîne dans le combustible fondu à cause de la présence d'eau. Les experts français et internationaux s'accordent à considérer que le risque de criticité ne peut pas être totalement exclu, même si une réaction en chaîne semble hautement improbable.
     - Le second risque est celui de la remise en suspension dans l'atmosphère des poussières radioactives dues à la décomposition de la lave en poussière. La masse totale des poussières radioactives présentes dans le sarcophage est estimée par les Ukrainiens à une trentaine de tonnes et à une activité de 1017 becquerels (Bq), principalement due au strontium 90 (47%) et au césium 137 (30%). Pour pallier cette situation, une solution de polyvinyle est périodiquement pulvérisée dans le sarcophage pour fixer les poussières. Les premières années après l'accident, les aspersions de polyvinyle étaient hebdomadaires, elles sont maintenant mensuelles.
     1. Renforcement du sarcophage
     L'effondrement du sarcophage créerait une émission de poussières radioactives qui conduirait à une exposition du personnel du site mais n'affecterait que très peu les populations les plus proches qui vivent dans le ville de Slavoutich (située à 50 km à l'est de la centrale).
     Les travaux réalisés pour le renforcement et la stabilisation du sarcophage ont pour objectif de réduire au plus faible niveau possible les fuites de poussières radioactives hors du sarcophage, de réduire le risque d'effondrement du sarcophage tant à moyen et long terme que dans le cas d'une catastrophe naturelle.
     Une liste d'une quinzaine de travaux de renforcement a été établie et étudiée par l'exploitant de la centrale. Compte tenu des difficultés pour intervenir dans le sarcophage et des risques associés pour le personnel et l'environnement, seuls les travaux les plus prioritaires ont été réalisés : stabilisation de la cheminée de ventilation commune aux réacteurs 3 et 4 et renforcement des structures en béton des poutres supportant le toit du sarcophage. Ces travaux de renforcement des poutres ont été réalisés de mai à décembre 1999.
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     Le projet SIP (Shelter Implementation Plan) a été lancé en 1198 pour 8 ans par un groupe de travail d'experts en sûreté nucléaire du G7 et par le gouvernement ukrainien. Ce projet est financé par la BERD pour un montant actuel de 760 millions de dollars (dont 50 millions du gouvernement ukrainien).
     Le projet SIP a deux objectifs principaux: la stabilisation du sarcophage et la mise en place de mesures de protection des travailleurs et de l'environnement. Dans ce cadre, cinq axes ont été retenus : la réduction de la probabilité de ruine du sarcophage, la réduction des conséquences d'une éventuelle ruine, l'amélioration de la sûreté de l'installation (contrôle de la criticité, gestion de l'eau contaminée, caractérisation des matériaux contenant du combustible), l'amélioration de la sécurité des travailleurs et de l'environnement, l'élaboration et la mise en oeuvre d'une stratégie pour assurer la sûreté à long terme.
     La réalisation de ce projet est assurée par une entité dépendante de la centrale de Tchernobyl assistée d'une structure de conduite de projet ("Project Management Unit"), rassemblant les société américaines Bechtel et Battelle et EDF. Cette structure a pour mission principale de définir le programme des tâches élémentaires permettant d'atteindre les objectifs du projet SIP, et de solliciter les autorisations nécessaires auprès de l'autorité de sûreté ukrainienne compétente NRD (Nuclear Regulatory Department - Ministry of Ecology and Natural Ressources).
     Pour remplir cette mission, la NRD s'appuie sur des experts ukrainiens du SSTC (State Scientific Technical Center for nuclear and radiation safety) et étrangers de Scientech et de Riskaudit (filiale de l'IPSN et la GRS).
     2. Exposition des travailleurs du sarcophage
     L'IPSN ne dispose pas officiellement de données précises sur la dosimétrie des intervenants sur et dans le sarcophage. Toutefois, les données recueillies dans le cadre de l'assistance à l'autorité de sûreté ukrainienne permettent d'estimer le niveau d'exposition des travailleurs lors des travaux de stabilisation qui ont été réalisés.
     Les travaux de renforcement des deux poutres ont impliqué environ 300 personnes, la dose collective correspondante a été de 3,5 hSv (homme sievert) : 10% pour les travaux de repérage et de préparation, 90% pour l'intervention proprement dite.
     - Les travaux préparatoires ont impliqué une centaine de personnes. Les plus fortes doses individuelles sont restées inférieures à 15 mSv et une dizaine de personnes ont été exposées entre 10 et 15 mSv.
     - Les travaux de stabilisation proprement dits ont impliqué environ 200 personnes. Une vingtaine de personnes ont été exposées entre 30 et 40 mSv.
     D'après les informations disponibles, aucun travailleur n'a dépassé la dose individuelle limite de 40 mSv acceptée par les autorités ukrainiennes pour cette intervention. L'exposition interne n'est pas précisément connue, mais ne semble pas prépondérante pour ces travaux.
     L'objectif de dose collective affiché pour la quinzaine de travaux de renforcement du sarcophage est 25 hSv. A titre d'exemple, la dose collective pour l'exploitation de l'ensemble du parc électronucléaire français est de l'ordre de 70 hSv par an.
     Dans le cadre de sa mission d'appui technique à l'autorité de sûreté ukrainienne, l'IPSN apporte une attention toute particulière à la prise en compte des aspects de radioprotection dans les analyses de sûreté réalisées lors de ces travaux. A ce titre, les axes de progrès identifiés par l'IPSN en matière de radioprotection sont :
     - l'estimation et le suivi de l'exposition interne des travailleurs, ainsi que l'adéquation des mesures de protection des voies respiratoires;
     - l'application du principe d'optimisation de la radioprotection ("ALARA") qui doit conduire à réduire les expositions;
     - l'élaboration de procédures et de guides précisant la démarche de radioprotection mise en oeuvre sur le terrain.
     3. Base de données "sarcophage"
     Dans le cadre de "l'initiative franco-allemande pour Tchernobyl" (cf.annexe 2), l'IPSN et son homologue allemand la GRS travaillent avec le Centre de Tchernobyl, l'exploitant de la centrale (CHNPP), l'ISTC (Centre Interdisciplinaire Scientifique et Technique "sarcophage" de l'Académie des Sciences d'Ukraine), le NIISK (Académie Ukrainienne des sciences de l'ingénierie) et l'Institut Kurchatov de Moscou à élaborer une base de données sur l'état et la sûreté du "sarcophage".
     Cette base de données permettra d'améliorer l'estimation des risques radiologiques à l'intérieur et aux abords du bâtiment et de valider les mesures de radioprotection actuelles. Source d'informations unique pour d'éventuels projets d'ingénierie, la base de données devrait également aider à définir une stratégie à long terme sur le devenir du "sarcophage" et contribuer à la réalisation du projet SIP géré par la BERD.
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     Les contrats relatifs à ce projet ont été signés en 1998 entre l'IPSN et la GRS d'une part, les Instituts russes et ukrainiens d'autre part. Depuis, la plupart des informations ont été collectées auprès des différents participants, puis validées et mises en forme afin d'être introduites dans la base de données.
     Ainsi constituée, la base de données est consultable à partir d'un logiciel 3D qui permettra, à terme, une "visite virtuelle" du sarcophage et de ses abords afin de faciliter la localisation et la recherche d'informations. Les informations sont disponibles, suivant le cas, sous forme de tableaux de données, de graphes, de textes, de plans, de photographies ou de films.
     Plus précisément, cette base de données s'articule autour des quatre projets placés sous la responsabilité des différents instituts, décrits ci-après:
     - La construction et les équipements du "sarcophage" ainsi que les infrastructures annexes (NIISK) : ce projet vise à rassembler les documents techniques relatifs à la construction du réacteur numéro 4 et aux constructions édifiées sur ce réacteur après l'accident, ainsi qu'à établir un inventaire des équipements présents dans cette structure.
     - La situation radiologique à l'intérieur du "sarcophage" (Institut Kurchatov). Ce projet vise à rassembler les résultats des mesures effectuées par cet Institut dans les différentes zones du bâtiment pour déterminer les débits de dose, les niveaux de contamination et la localisation des émissions radioactives.
     - L'évaluation de la situation radiologique à proximité du "sarcophage" (ISTC). Ce projet vise à rassembler les résultats des mesures effectuées par cet Institut dans les différentes zones du bâtiment pour déterminer les débits de dose, les niveaux de contamination et la localisation des émissions radioactives.
     - L'évaluation de la situation radiologique du "sarcophage" (ISTC), en tenant compte des évolutions dues à la décroissance de la radioactivité mais aussi du transport de radioéléments par l'air ou par l'eau.
     - Le rassemblement des données relatives aux quantités, activités et caractéristiques des matières radioactives présentes à l'intérieur du "sarcophage" (Institut Kurchatov). Ces matières sont constituées des débris du coeur du réacteur qui ont été recouverts de sable et de matériaux déversés par hélicoptère juste après l'accident, et du magma radioactif qui s'est écoulé vers le fond du bâtiment où il s'est solidifié.
     En Juin 1999, une première version de la base de données a été transmise au Centre de Tchernobyl. En novembre 2000, l'IPSN a installé à Fontenay-aux-Roses une version actualisée de ce logiciel, encore partiellement renseignée mais représentative de ce que pourra être la version finale. Cette version fait actuellement l'objet de tests.

Chapitre 4

Les conséquences de l'accident, Les territoires contaminés.

1. Les conséquences sanitaires de l'accident
     Les conséquences sanitaires de l'accident, en Ukraine, Biélorussie, en Russie et en Europe, sont présentées en détail dans le dossier "Tchernobyl", 14 ans après - avril 2000".
En résumé :
Une épidémie de cancers de thyroïde a été mise en évidence dans les trois républiques de l'ex-URSS touchées par l'accident de Tchernobyl. En Biélorussie, Russie et Ukraine, dans la population des enfants âgés de moins de 15 ans au moment de l'accident, 1 800 cas ont été dénombrés sur la période 1990-1998 selon les évaluations les plus récentes.
     L'IPSN dispose cependant de données partielles et préliminaires concernant la Biélorussie pour 1999. Elles semblent confimer la poursuite de l'épidémie chez les adolescents et jeunes adultes.
Un excès de malformations congénitales dans les territoires les plus contaminés reste suspecté mais n'est pas établi à ce jour. En revanche, en Europe de l'Ouest, aucun excédent d'anomalies de ce type n'a pu être attribué aux retombées de l'accident.
Concernant les leucémies attribuables à l'accident de Tchernobyl, les études épidémiologiques menées sur la population générale et les données recueillies ces dernières années ne montrent pas d'augmentation significative de la fréquence des leucémies par rapport à la période antérieure à l'accident, y compris pour les zones les plus contaminés chez les adultes comme chez les enfants.
     Chez les liquidateurs, qui ont reçu des doses de 0,1 Gray, supérieures à celles reçues par la population générale, un excès de leucémie est plus fortement suspecté.

suite:
2. Les territoires contaminés
     La nature et les niveaux de contamination sont désormais bien connus dans tous les milieux de l'environnement des régions les plus touchées par les retombées radioactives de l'accident de Tchernobyl, en Biélorussie, en Russie et en Ukraine. Ces données sont présentées dans le dossier "Tchernobyl, 14 ans après - avril 2000".
     En résumé, concernant la contamination des sols :
Environ 8.1016 becquerels de césium 137 (137Cs), soit 30 à 40% de l'inventaire du coeur du réacteur accidenté, ont été rejetés dans l'atmosphère. La quasi totalité de ces dépôts se retrouve actuellement dans les quinze premiers centimètres du sol.
     Dans un périmètre de quelques kilomètres autour du réacteur, l'activité des sols est de l'ordre de plusieurs dizaine de becquerels par gramme, soit l'équivalent de plusieurs millions de becquerels par mètre carré. Les points chauds présentent des activités qui peuvent être 10 fois plus élevées.
     Au delà, jusqu'à 2 ou 300 km vers le nord et le nord-ouest de la centrale, les concentrations maximales de césium sont d'environ 10 Bq/g de sol. Au sud et à l'est du site de Tchernobyl, à quelques dizaines de kilomètres du réacteur, elles sont nettement plus faibles, inférieures au becquerel par gramme.
Environ 8.1015 becquerels de strontium 90 (90Sr) ont été rejetés dans l'atmosphère. Les observations faites montrent que le strontium est deux à trois fois plus mobile que le césium. S'il reste encore concentré, pour l'essentiel, dans la couche superficielle du sol, ce radioélément a récemment été mesuré à plusieurs mètre de profondeur dans des terrains dépourvus de matière organique.
Environ 6.1015 becquerels de plutonium 241 (241Pu) et 1014 becquerels de plutonium 239 (239Pu) et de plutonium 240 (240Pu) ont été rejetés, essentiellement sous forme de particules de combustible. Les dépôts correspondent géographiquement aux dépôts de strontium car ces deux radionucléides ont été émis sous la forme de particules de même taille (le césium émis sous une forme plus volatile a été transporté plus loin). L'activité en plutonium des sols est de quelques centièmes à quelques dixièmes de becquerel par gramme.
     La contamination évolue très lentement et la tendance générale de l'évolution de l'environnement naturel dans la zone interdite est 30 km autour de la centrale se traduit par une stabilisation des niveaux d'activité.

     2.1 La contamination des eaux souterraines
     Dans la zone des 30 kilomètres autour de la centrale, trois aquifères supérieurs (Quaternaire, Eocène, Cénomanien) font l'objet d'une surveillance radiologique. Du point de vue hydraulique, la formation Quaternaire est reliée aux eaux de surface, ce qui la laisse sans protection contre la contamination radioactive.
     Un contrôle réglementaire des eaux souterraines a été mis en place en février 1987. Treize puits de surveillance ont été forés entre la centrale et le bassin de refroidissement, et entre la centrale et les berges de la rivière Pripiat. De fin 1987 à 1989, des puits ont été forés pour contrôler le niveau de radioactivité des eaux souterraines près des zones d'enfouissement de débris radioactifs.
     D'autres puits ont été forés, à partir de 1992, pour contrôler les niveaux de radioactivité de la nappe au niveau des zones inondables de la rivière Pripiat.
     Trois zones d'enfouissement de bois, sols forestiers et gravats contaminés (Lissoboie, Boudbaza et Naftobaza) ont été creusées à 2 - 2,5 mètres de profondeur sans isolation par rapport à la nappe phréatique et sans couverture étanche. Depuis 1989, un contrôle radiologique de la nappe phréatique a été mis en place près de ces zones.
     La contamination des eaux souterraines en 90Sr était de l'ordre de 0,2 Bq/l en 1991, elle atteignait plusieurs dizaines de becquerels par litre en 1998. Mais elle reste encore peu contaminée dans sa partie inférieure - de l'ordre de 0,2 à 0,4 millibecquerel par litre (1 mBq = 10-3 Bq). Les activités voluminiques du 90Sr dépassent, à proximité de certains sites d'enfouissement de débris radioactifs, les niveaux autorisés pour les eaux de consommation humaine (10 Bq/l). Ces résultats de mesure montrent une vitesse de migration du strontium vers la nappe phréatique assez importante.
     Les activités moyennes de 137Cs mesurées dans les eaux souterraines varient de 0,02 à 0,1 becquerel par litre. Les activités voluminiques maximales du 239Pu et 240Pu y sont de l'ordre de 5mBq/l. Pour le césium 137, le niveau autorisé pour les eaux de consommation humaine est de 2 Bq/l.
     Le 90Sr mesuré dans les eaux souterraines à proximité du bassin de refroidissement de la centrale de Tchernobyl provient du strontium accumulé au fond du bassin de refroidissement. La moyenne de contamination en 90Sr s'élevait en 1989 à 23 Bq/l; depuis 1996, elle n'a pas dépassé 7,4 Bq/l.

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     2.2 La contamination des produits agricoles
     Quinze ans après l'accident, dans les zones habitées les plus contaminées, les expositions sont dues pour plus de 90% à la consommation de produits alimentaires contaminés par le césium.
    La production de produits alimentaires est basé sur les critères suivants :
     a) Les produits ne doivent pas dépasser les limites admissibles de contamination de façon à prévenir un dépassement de la limite de dose individuelle (1 mSv/an).
     b) La production de produits répondant aux normes de contamination ne doit pas entraîner de surcoût qui soit économiquement ou socialement inacceptable.
     c) La production de produits alimentaires répondant aux normes de contamination n'interdit pas qu'un large groupe de population reçoive de faibles doses. La dose collective et l'excès stochastique de cancers qu'elles induisent doivent être établis.
     Ainsi en Ukraine, sur la plus large part des territoire contaminés, les entreprises agricoles et les particuliers produisent des produits alimentaires conformes aux normes en vigueur depuis le 25 juin 1997 (100 Bq/l) pour les produits laitiers, 200 Bq/kg pour la viande, 20 Bq/kg pour les pommes de terre, le pain).
     Il y a cependant une grande disparité dans les niveaux de contamination des produits agricoles entre les fermes "collectives" et les fermes "privées". Les statistiques ukrainiennes indiquent qu'à la fin de 1998, les fermes "privées" de 500 agglomérations produisent toujours du lait au-delà des normes de 1997, cela étant dû à la mise en pâture de troupeaux sur des prairies contaminées. Cependant, les processus naturels de fixation du césium dans les sols devraient, d'ici un laps de temps de 4 à 8 ans, conduire toutes les exploitations agricoles autorisées à une production répondant aux normes de 1997. Cet objectif ne peut être atteint que si les fermes "privées" appliquent les contre-mesures nécessaires à la production de produits propres.
     En Ukraine, 8,4 millions d'hectares de terres agricoles contaminées par le césium font l'objet de contre-mesures agricoles (principalement, ajout de fertilisants):
     - 54'900 hectares (ha) dans la zone d'exclusion et 35'600 ha dans les zones contaminées au-delà de 555 kBq/m2 sont exclus de toute activité agricole;
suite:
     - 130'800 ha sont contaminés entre 185 et 555 kBq/m2, dont 15000 ha de tourbières pour lesquelles le transfert du sol à la plante est plus élevé pour le césium;
     - 1,1 million ha sont contaminés entre 37 et 185 kBq/m2 dont 99 500 ha de tourbières;
     - 7'238 millions ha sont contaminés entre 3,7 et 37 kBq/m2.

3. La vie dans les territoire contaminés
     Une zone d'exclusion de 4 000 km2 environ a été définie, incluant un cercle d'un rayon de 30 kilomètres autour du site accidenté. Dans cette zone, les populations ont été évacuées, tous les travaux, toutes les productions agricoles, le transit des personnes et des marchandises ont été interdits, toutes les entrées et les sorties ont été réglementées.
     A ce jour, ces interdictions restent en vigueur. La zone d'exclusion reste interdite à toute habitation et aux pratiques agricoles, bien qu'il ait été envisagé récemment de réutiliser les parties les moins contaminées.
     En dehors de la zone d'exclusion, 1,4 million de personnes vivent sur 30'000 km2 contaminés à plus de 1,85.1011 Bq par km2 et 130'000 personnes vivent sur 7'000 km2 contaminés à plus de 5,55.1011 Bq par km2.
     - les territoires dont les populations reçoivent une dose inférieure à 1 mSv par an sont considérés comme permettant une vie normale;
     - les territoires dont les populations reçoivent une dose supérieure à 1 mSv par an continuent à bénéficier de compensations sociales.
     Cette gestion a modifié l'aide apportée aux populations. En Russie, sur la base des critères précédents et de nouvelles estimations de dose, de nombreuses agglomérations ont vu leur statut de "zone contaminée" et les avantages afférents retirés par un décret de janvier 1998. Cette décision a été mal perçue par les populations et les autorités locales.
     C'est dans la ville de Slavoutich que vit une grande partie des 7'000 employés de la centrale, à 50 kilomètres à l'est de la centrale de Tchernobyl.
     La fermeture de la centrale, prévue le 15 décembre, va entraîner la réduction du personnel présent sur le site à 2'000 personnes environ.  


 début p.30

V- COMMUNIQUE DE PRESSE COMMUN
des Amis de la Terre, de Greenpeace et du Réseau "Sortir du nucléaire"
FERMETURE DE TCHERNOBYL:
LA FIN DU PROBLEME N'EST PAS EN VUE

 
Paris, le 12 décembre 2000
     Les institutions financières européennes ont provoqué la colère des associations écologistes en approuvant quelques jours avant le fermeture de Tchernobyl, le financement de réacteurs nucléaires de conception soviétique en Ukraine.
     Le 15 décembre prochain, le réacteur n°3 de Tchernobyl toujours en activité doit s'arrêter définitivement. "Alors que l'on se réjouissait de la fermeture de la centrale la plus dangereuse de la planète, nous pensons que les problèmes vont bientôt recommencer en Ukraine. Les réacteurs nucléaires K2R4 présentent des risques démesurés par rapport à la capacité des institutions ukrainiennes" a souligné Hélène Ballande des Amis de la Terre.
     En 1995, le G7 avait signé un protocole avec l'Ukraine pour la fermeture de Tchernobyl. Cet accord stipulait qu'en échange, le G7 aiderait l'Ukraine à compenser la production électrique de Tchernobyl. Une des options pour remplacer cette production était la construction de 2 réacteurs nucléaires à Khmelnitsky et Rivne en Ukraine - projet connu sous le nom de K2R4. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement, la BERD a approuvé un prêt le 7 décembre dernier de 215 millions de dollars, Euratom et plusieurs agences d'assurance crédit (Coface, Hermès, etc) doivent rendre leur décision dans la semaine. 
suite:
     De nombreux arguments économiques, financiers et écologiques plaident contre le financement des réacteurs à Khmelnitsky et Rivne en Ukraine. "Des alternatives moins dangereuses pour la population et l'environnement existent. Un programme de maîtrise de l'énergie doit être le lieu prioritaire de tout investissement dans le secteur énergétique ukrainien" commente Jean-Luc Thierry chargé des questions nucléaires à Greenpeace.
     Le rapport d'un panel d'experts indépendants commandité par la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement (B.E.R.D.) avait conclu, en 1997, que les réacteurs en question n'étaient pas rentables et ne répondaient pas au principe de "planification au moindre coût". Les deux réacteurs coûteront près de 10 milliards de francs.
     Plus de 180 ONG de 34 pays ont signé une lettre au chefs d'Etat du G8 pour qu'ils renoncent au financement des réacteurs nucléaires. En France, les Amis de la Terre, Greenpeace, le Réseau Sortir du nucléaire et la FRAPNA, demandaient au gouvernement de s'opposer au financement de ces réacteurs nucléaires par la BERD, Euratom et la Coface.

Pour plus d'informations :
Hélène Ballande, les Amis de la Terre Tel : 01 48 51 18 92
Jean-Luc Thierry, Greenpeace, Portable : 06 15 91 02 37

fin p.30

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