Réseau "Sortir du nucléaire"
COMMUNIQUE DE PRESSE du 25 octobre 2000
SCANDALES A LA CENTRALE NUCLEAIRE DE ST-LAURENT-DES-EAUX


     Deux événements, qualifiés pudiquement à l'époque d'incidents par EDF, alors qu'il s'agissait bien de véritables accidents nucléaires se sont produits à la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) en 1969 et en 1980. 
     Les faits sont accablants : des rejets radioactifs d'émetteurs alpha (entre autres) c'est à dire les radioéléments les plus toxiques ont eu lieu de 1969 à 1985 Pour la seule année 1980, les rejets cumulés ont représenté plus d'un milliard de becquerels (GBq alpha) qui ont été rejetés directement dans la Loire. On peut en évaluer les proportions à 60 % de plutonium 239 (dont la demi-durée de vie est de 24 400 an) et 40 % d'américium. Ce chiffre est à comparer à la limite annuelle d'incorporation pour le public de 10 becquerels. Lorsque l'on sait qu'il suffit d'ingérer ou de respirer quelques micro-grammes de plutonium pour provoquer un cancer, il y a de quoi être inquiet. Pourtant, à l'époque, EDF a passé sous silence toutes ces possibles conséquences pour la population. 
     La situation reste aujourd'hui très préoccupante. Deux silos de stockage, situés sur le périmètre de la centrale, contenant des déchets radioactifs ne répondent plus aux critères actuels de sûreté. Près de 2000 tonnes de graphite irradié, provenant de l'exploitation de deux anciens réacteurs nucléaires (de la filière uranium naturel - graphite gaz) ont été jetés en vrac dans ces silos. L'activité globale, de l’ordre du pétabecquerel soit un million de milliards de bécquerels, n'est pas signalée dans l'inventaire de l'ANDRA (Agence Nationale de gestion des Déchets Radioactifs). 
 
suite:
Les directions successives de la centrale annoncent la "vidange" de ces déchets depuis une quinzaine d'années sans que les promesses n’aient été tenues à ce jour. 
     EDF a indiqué récemment qu'une enceinte d'étanchéité allait être construite autour des silos afin de prolonger l'entreposage, sans jamais préciser quand commenceraient les travaux. Après 15 ans d'incurie, EDF préfère laisser ces déchets en l'état plutôt que de les mettre dans des conteneurs réglementaires. Datant de mai 1993, le dernier rapport de sûreté de ces silos d’entreposage de déchets nucléaires n'a pas été révisé au bout des cinq ans réglementaires. Ce rapport décrit toujours une installation exploitée par des agents d'un service qui n'existe plus depuis des années. La dernière manoeuvre datant de novembre 1994, il n'y a jamais eu de mise à l'arrêt définitif, comme si ces silos étaient toujours en exploitation. De plus, il n'y a jamais eu d'études sur le démantèlement des deux vieux réacteurs arretés en 1990 et 1992. Ils n'ont pas été construits en pensant au démontage. Aujourd'hui, il n'existe aucune solution d'évacuation pour le graphite radioactif, fortement contaminé en émetteurs alpha. 
     Bon courage à nos petits enfants qui s'occuperont du démantèlement, un jour peut être ...
Contacts presse :
     Michel BRUN (agent EDF, syndicaliste CGT à le centrale de Saint-Laurent-des-Eaux), tél. : 02 54 44 81 41
     Philippe BROUSSE (Réseau "Sortir du nucléaire"), tél. : 04 78 28 29 22 
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A son Excellence le Président de l'Union de Belarus et de Russie Alexandre Loukachenko
Au bon soins de son Excellence l'Ambassadeur de Belarus à Paris

OBJET : REQUETE EN FAVEUR DE L'INSTITUT BELRAD A MINSK


Mme Belbéoch, Secrétaire du GSIEN
Physicienne, Ingénieur-docteur, retraitée du Commissariat à l'énergie atomique

Votre Excellence, Monsieur le Président,

     Vous êtes intervenu récemment à New York lors de l'Assemblée du Millénaire de l'ONU. Vous avez souligné la gravité des conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl affectant le Belarus et sollicité l'aide internationale.
     Depuis la catastrophe de Tchernobyl le 26 avril 1986, au sein du Groupement de scientifiques pour l'information sur l'énergie nucléaire (GSIEN) nous nous sommes constamment préoccupés de la dégradation de la santé de la population vivant dans les territoire contaminés de la République de Belarus. En témoignent les nombreux dossiers consacrés à ce douloureux sujet dans notre revue La Gazette Nucléaire afin de faire connaître en France la situation réelle dans votre pays. Des effets inattendus et une nocivité des radiations ionisantes plus élevée que ce qui était admis par les instances internationales, avant Tchernobyl, sont observés (en particulier chez les enfants) par les médecins et les scientifiques travaillant dans les zones contaminées.
     Ces observations contredisent l'optimisme inébranlable affiché par les organismes tels que l'AIEA, l'UNSCEAR etc., ceux-là même qui ont mis si longtemps à admettre qu'il y avait réellement une augmentation des cancers thyroïdiens chez les enfants du Belarus et qui, pour finir, ne veulent admettre comme seules conséquences de Tchernobyl que les effets thyroïdiens et le stress. Vous savez bien qu'il n'en est rien car, malheureusement, les habitants des zones contaminées sont les sujet involontaires d'une "expérimentation nouvelle" concernant les effets des rayonnements ionisants, différente de celle des survivants des bombes atomiques puisqu'en plus du rayonnement externe ils sont soumis depuis 1986 aux effets d'une contamination interne chronique car la terre belarusse contaminée produit des aliments contaminés.
     Nous nous permettons, Monsieur le Président, d'attirer votre attention sur le fait que pour obtenir l'aide internationale parfaitement justifiée que vous sollicitez, il est nécessaire que la situation sanitaire réelle qui existe au Belarus soit reconnue C'est la raison pour laquelle ils nous parait essentiel que, de toute votre Autorité, vous apportiez votre soutien aux scientifiques et médecins de votre pays afin qu'ils puissent continuer leurs travaux et apporter leur aide à la population sinistrée.
     Concernant, entre autres, la radioprotection des habitants, surtout celle des enfants des zones les plus contaminées, les mesures de la charge corporelle en Césium 137 effectuées par le Pr. Nestérenko et ses collaborateurs de l'Institut BELRAD en relation avec les effets sanitaires étudiés par le Pr. Bandazhevsky et ses collaborateurs de l'Institut de Médecine de Gomel nous paraissent essentielles. Ces travaux révèlent la persistance de la contamination au Belarus et la dégradation de l'état sanitaire des habitants des zones contaminées.

suite:
     Nous voulons souligner cet aspect de persistance de la contamination, par le Césium 137 en particulier. Si les instances internationales ont été très optimistes en minimisant dès 1986 les conséquences sanitaires de Tchernobyl, des études récentes montrent combien les experts internationaux ont été optimistes juste après Tchernobyl dans leurs prédictions sur la rapidité de la disparition du Césium 137 (Nature 11 May 2000, Chernobyl's legacy in food and water, J.T. Smith et al.) En fait, ces études révèlent que depuis 1991, dans l'eau, les poissons, la végétation terrestre, le Césium 137 tend à disparaître conformément à sa période physique qui est de 30,2 ans, c'est à dire que l'activité diminue de moitié au bout de 30 ans ! Cela veut dire que malheureusement, les habitants des zones contaminées à 15 curies au kilomètres carré et plus, (qui auraient dût être tous évacués d'après les programmes élaborés en octobre 1989 par le parlement de Biélorusssie) ainsi que leurs enfants nés et à naître bien après l'explosion du réacteur - 4 de Tchernobyl, sont condamnées à incorporer de la nourriture contaminée pendant bien longtemps…
     Il est donc de la plus haute importance de continuer la surveillance radiologique de la population des zones contaminées, en particulier celle des enfants qui représentent l'avenir de la République.
     Dans ce contexte nous ne comprenons pas la politique suivie par le Ministère de la santé de la République de Belarus et nous sommes consternés d'apprendre que des menaces d'interdiction visent l'Institut BELRAD de Minsk. Il est au contraire nécessaire, non seulement de maintenir l'activité de monitoring de cet Institut mais de la développer.
     Au GSIEN en tant que scientifiques nous sommes nombreux à exercer ou à avoir exercé notre profession de chercheurs, ingénieurs et techniciens dans des laboratoires et organismes où sont présents en permanence des risques d'irradiation tant externe qu'interne et la radioprotection est un domaine qui nous est familier car il touche à notre sécurité sur les lieux de travail. Par lettre du 16 août, aux bons soins de son Excellence l'Ambassadeur du Belarus à Paris, nous avions attiré l'attention du Ministre de la santé de la République du Belarus sur le fait que la mesure de la charge corporelle en Césium 137, comme celle d'ailleurs du rayonnement externe, est du ressort des physiciens et biophysiciens et n'est pas une activité médicale. Aussi nous ne comprenons pas l'acharnement injustifié du Ministère d la Santé de Belarus vis-à-vis du Pr. Nestérenko et de l'Institut BELRAD dont la compétence pour exercer la surveillance radiologique des habitants des zones contaminées avec les spectromètres SRH qui permettent de mesurer le Césium 137 nous paraît incontestable.
     La reconnaissance internationale du Pr. Nestérenko vient d'ailleurs d'être soulignée par son invitation à intervenir au Parlement Européen le mois prochain sur la situation sanitaire des victimes de Tchernobyl au Belarus.
     Nous vous demandons, Monsieur le Président, d'intervenir d'urgence, pour permettre au Professeur Nestérenko et à l'Institut BELRAD de poursuivre son activité scientifique et humanitaire, de faire connaître la situation réelle au Belarus afin d'obtenir l'aide internationale dont ont besoin les victimes de Tchernobyl.
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Quand la transparence est opaque :
les normes d'intervention en cas d'accident nucléaire grave
Bella Belbéoch
     La presse a signalé les réticences du gouvernement français à accepter les limites plus sévères d'irradiation préconisées par la Commission Internationale de Protection Radiologique (Le Monde, 2 et 12 juillet 1994) de 1 millisievert par an pour la population (1 mSv/an) au lieu de 5 mSv et de 20 mSv par an pour les travailleurs au lieur de 50 mSV et qui doivent devenir réglementaires en accord avec la Directive européenne (journal officiel des communautés européennes, L159, du 29 juin 1996).
     Par contre c'est une évidence mais cela mérite d'être souligné, ces limites ne s'appliquent pas en cas d'accident nucléaire grave car elles seraient impossibles à respecter. Presse et médias n'ont pas signalé que depuis Tchernobyl les critères relatifs aux situations accidentelles (et qui étaient définis dans nos PPI, Plans Particuliers d'Intervention) ont été révisés. De nouvelles normes relatives aux accidents nucléaires et aux "urgences radiologiques" ont été élaborées par les instances internationales (CIPR, AIEA, OMS, etc.). Ainsi en France, la population ignore que s, par malheur cela s'avérait nécessaire, de nouvelles normes "officieuses" existent, que préfets et protection civile ont dans leur tiroirs depuis plus d'un an. Décrets et circulaires ministérielles ne sont pas encore sortis mais cela ne saurait tarder. (La mouture définitive doit impérativement être publiée avant le 13 mais 2000 pour respecter la directive européenne). Serions-nous mieux lotis que les Biélorusses, Ukrainiens et Russes après l'explosion du réacteur - 4 de Tchernobyl ?
     En cas d'accident nucléaire grave avec rejets dans l'environnement, l'irradiation peut être externe et interne :
- Irradiation externe par le panache radioactif lui-même, par les dépôts sur le sol et aussi par les radioéléments déposés sur les vêtement et la peau.
- Irradiation interne, consécutive à l'inhalation (et ingestion) d'air contaminé directement par le panache radioactif ou par les particules en resuspension dans l'air à partir du sol, et consécutive à l'ingestion d'aliments contaminés à cause du sol contaminé.
     Après le passage du nuage radioactif il reste les dépôts sur le sol.
     Dans la phase d'urgence, la mise en oeuvre des diverses contre-mesures de radioprotection : confinement, prise de tablettes d'iode stable, évacuation, contrôle de la nourriture, dépendent chacune d'un niveau de doses. Ces mesures doivent absolument éviter que la population ne reçoive des doses capables d'engendrer des effets déterministes dont la gravité dépend de la dose reçue et qui sont directement visibles car ils apparaissent assez rapidement (maladie des rayons, érythème, hypothyroïdie, stérilité, tératogenèse, cataracte, etc…)
     Mais il y a aussi les effets non-déterministes, appelés aussi effets stochastiques : cancers et effets génétiques qui n'apparaissent que beaucoup plus tard. Cependant personne ne s'attendait à ce que les cancers de la thyroïde des enfants biélorusses apparaissent si rapidement après la catastrophe de Tchernobyl (ils ont d'ailleurs été niés par beaucoup d'officiels même après 1992) et que cette affection, rare chez les enfants, ne pourrait pas passer inaperçue car elle a pris un caractère quasi-épidémique.
     Avant Tchernobyl, il s'agissait pour la phase d'urgence, d'évaluer les doses susceptibles d'être reçues au bout d'un certain temps ("doses projetées"). Par exemple d'envisager de mettre en oeuvre la contre-mesure de confinement si, au bout de 24 ou 48 heures la dose projetée était à l'intérieur d'une fourchette de doses (5 millisievert pour la limite inférieure, 50 pour la limite supérieure au-delà de laquelle la contre-mesure devait obligatoirement avoir été effectuée). De même pour l'évacuation temporaire et la prise d'iode stable (limite inférieure 50mSv, 500mSV pour la limite supérieure). L'évacuation permanente à très long terme n'avait pas été envisagée.
     Depuis Tchernobyl les considérations socio-économiques sont clairement explicitées. Les experts officiels de la CIPR et de l'AIEA ne raisonnent plus en doses projetées mais en "doses évitées" par l'introduction de la contre-mesure et qui vont dépendre du moment de la mise en oeuvre de l'intervention. Il faut cependant s'assurer de ne pas avoir d'effets déterministes. La contre-mesure doit être justifiée, c'est à dire qu'elle doit amener plus d'avantages que d'inconvénients, et être optimisée, c'est à dire que le bénéfice doit être maximum. Mais quel coût et quel bénéfice ? A-t-on demandé quel était le prix à attribuer à une vie ? à un cancer ? à un enfant malformé ?
     D'après nos informations les niveaux d'intervention que l'on appliquerait en France dans le court terme pour la phase d'urgence serait ceux recommandés par l'AIEA1 :
     Confinement pour une dose efficace de 10 millisievert (soit 2 fois la valeur de l'ancienne limite inférieure)
     Iode stable pour une dose à la thyroïde de 100 milligray (2 fois la limite inférieure ancienne)
     Évacuation (inférieure à 1 semaine) pour une dose efficace de 50 millisievert.
suite:
     Il nous a été indiqué qu'en France on ne considérerait que les doses projetées et pas les doses évitées;
     Les niveaux maximaux admissibles de contamination pour les denrées alimentaires seraient ceux adoptés par la CEE (Règlement Euratom n°2218/98 du 18 juillet 1989) après un accident nucléaire.
     Pour l'instant, faute d'informations précises sur le moyen et long terme envisagés par les autorités sanitaires françaises, nous donnons ci-dessous les valeurs des niveaux d'intervention de l'AIEA :
     Dans le moyen terme, pour un relogement provisoire (l'évacuation ne doit pas dépasser 1 an) la limite de dose donnant lieu à l'intervention est de 30 mSV le premier mois et 10 mSv les mois suivant ce qui représente une dose annuelle 140 fois plus élevée que la limité pré-accidentelle. (Rappelons que la norme soviétique après Tchernobyl a été de 1à rem pour les 8 mois de 1986 soit 100 mSv…Idem que la norme AIEA sur 8 mois ! Sauf qu'à part les 135000 évacués d'urgence au début, Biélorusses et Ukrainiens sont restés sur place).
     Pour le long terme on pouvait espérer revenir aux normes pré-accidentelles. Il n'en est rien car cela serait impossible d'un point de vue économique. La norme d'intervention pour un relogement définitif (évacuation permanente hors zone contaminée) correspond pour l'AIEA à une dose sur la vie de 1 sievert (1Sv = 100 rem) soit 3 fois plus que la norme sur la vie de 350 mSv (35 rem) élaborée par les experts soviétiques en septembre 1988, qui si elle était dépassée, devait entraîner le déplacement des populations hors des zones contaminées soumises à un contrôle radiologique. Rappelons que les scientifiques ukrainiens et biélorusses trouvaient cette dose-vie trop élevée. Dans cette norme de 1 sievert de l'AIEA on retrouve les valeurs recommandées en juin 1989 par les experts de l'OMS (dont le Pr P. Pellerin) en Biélorussie et en Ukraine : 2 à 3 fois 350 mSV, et qui a contribué à limiter le nombre d'habitant à évacuer hors des zones contaminées.
     Les participants au colloque Vers un nouveau contrôle du nucléaire ? organisé par la DSIN le 27 novembre 1998 à Paris auront constaté le silence qui a suivi la question posée concernant les niveaux de dose déclenchant les contre-mesures en cas d'accident nucléaire majeur. A été cité en particulier le niveau de dose décidant de la prise des tablettes d'iode stable fixé à 100 milligray à la thyroïde qu'il s'agisse d'adultes ou d'enfants. La position prise à un colloque de l'OCDE (Stockolm 1994)2, par le Dr Baverstock de l'OMS a été rappelée. Il préconisait une limite plus faible pour les enfants et les femmes enceintes. Le Dr Baverstock sait de quoi il parle car il a étudié après Tchernobyl l'augmentation quasi-épidémique des cancers de la thyroïde chez les enfants en Belarus. (Apparemment il n'a pas été suivi par l'OMS).
     Il faut aussi, pour que la prise d'iode stable soit efficace en saturant la thyroïde afin qu'elle ne puisse fixer les iodes radioactifs, que les tablettes d'iode stable soient prises avant les rejets d'iodes radioactifs ou peu de temps après, (deux heures après c'est encore bien, six heures après çà ne sert plus à grand chose). Alors se pose une autres question : le directeur de centrale préviendra-t-il la DSIN et le préfet suffisamment tôt pour que la prise d'iode stable soit efficace ? Silence dans la salle…Le même jour un incident avait lieu à la centrale de Golfech avec contamination interne du personnel (légère nous a-t-on dit par la suite, plus de 80 travailleurs intérimaires ont été contrôlés). Les autorités de sûreté s'ont été prévenues que quelques heures après l'incident, comme cela s'était déjà produit après l'incident sur le circuit de refroidissement du réacteur à l'arrêt de Civaux-1…
     Ainsi de quelle transparence s'agit-il quand il s'agit de nucléaire ? Pour le député Jean-Yves Le Déaut la transparence est la condition sine qua non de la confiance (Le Monde du 8 juillet 1998) mais il ne s'agit que de rendre le nucléaire acceptable avec une transparence sur des points mineurs tout en gardant une opacité totale sur le reste. "Renforcer le rôle" des commissions locales d'information ? Alors qu'elles ne sont que des chambres d'enregistrement pour toutes les décisions importantes comme celles concernant les niveaux d'intervention en cas d'accident majeur ? Et à quoi sert, au sein de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, une commission chargée de la radioprotection alors que les choix sont déjà faits ? S'agit-il de modifier la place d'une virgule dans un décret ?
     Il serait vraiment plus que temps de changer de cap et de sortir d'urgence de cet engrenage du nucléaire qui nous mène à la catastrophe.
 
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Notes :

1 Safety Series numéro 109, Intervention Criteria in a Nuclear or Radiation Emergency, International Atomic Energy Agency, Vienna, 1994. AIEA conjointement à d'autres organismes dont la FAO, l'OCDE, l'OMS, l'OIT (organisation internationale du travail) l'AEN (Agence de l'Énergie Nucléaire) etc.
2 OECD DOCUMENTS, The implementation of Short-term Countermeasures After a Nuclear Accident (Stable Iodine, Sheltering and Evacuation), Proceedings of an NEA workshop, Sweden, 1-3 june 1994.
Le Dr Baverstock a aussi insisté sur les contre-indications de l'iode stable et, en cas de rejets prolongés, recommandé qu'on soustraie de l'exposition le plus rapidement possible (évacuation) femmes enceintes et allaitantes.


Communiqué de Presse commun IPSN / OPRI

Publication d'une étude européenne de grande ampleur concernant la surveillance individuelle des doses des travailleurs exposés aux rayonnements ionisants.

le 28 août 2000

Dans son numéro du 26 août 2000, l'hebdomadaire New Scientist fait état des conclusions d'un rapport européen sur l'harmonisation des pratiques et de l'assurance de la qualité dans le domaine de la surveillance individuelle des travailleurs exposés aux rayonnements ionisants. Les éléments de ce rapport, qui vient d'être publié dans la revue "Radiation Protection Dosimetry" (Volume 89 (1-2), août 2000)1 doivent être discutés lors d'une réunion européenne qui se tiendra du 4 au 6 septembre à Helsinki en Finlande.

Menée depuis 1996 sous l'égide de l'EURADOS (European Radiation Dosimetry group), l'étude présentée dans ce rapport constitue un travail de grande envergure, le premier du genre, réalisé par un groupe d'experts de l'Union Européenne, à laquelle s'était jointe la Suisse. Le but de cette étude était de faire la revue la plus complète possible des modalités de surveillance des travailleurs européens face à l'exposition externe aux rayonnements ionisants. Il s'agit d'obtenir une juste appréciation des techniques et méthodes d'interprétation des résultats de mesures qui sont utilisées par le différents services de radioprotection européens, en tenant compte de l'évolution des normes de base en radioprotection fixée par la directive européenne du 13 mai 1996, applicable depuis mai 2000

L'ensemble des laboratoires de dosimétrie individuelle français ont participé à la comparaison des méthodes d'évaluation des doses d'exposition aux rayonnements X, gamma, bêta et aux neutrons, utilisées pour la surveillance réglementaire des travailleurs. L'OPRI, en charge en France de cette surveillance, était partie prenante. La coordination de l'étude au niveau européen a été assurée par l'IPSN qui a, en outre, mis à disposition ses installations d'irradiation par les neutrons situées à Cadarache.

Dans le cadre de cette étude, des dosimètres de tous les types actuellement utilisés (environ 1000 dosimètres provenant de 34 services d'exploitation dosimétrique) ont été testés dans différents champs de rayonnement de référence. Les dosimètres étaient tous exposés dans les mêmes conditions et la comparaison portait à la fois sur le résultat de mesure et son interprétation, laquelle peut être délicate suivant le champ de rayonnement et les conditions d'exposition. Le nombre élevé de mesures permet de quantifier pour la première fois à cette échelle, l'importance des éventuelles sur ou sous-estimations des doses. L'étude a montré en particulier qu'un grand nombre de résultats de dosimétrie du rayonnement bêta et des neutrons sous-estiment la dose individuelle. Dans quelques cas, en revanche, une forte surestimation a été observée. Parmi les conclusions du groupe, il est proposé d'établir rapidement une procédure de test pour harmoniser le contrôle de qualité de la dosimétrie individuelle en Europe et de concentrer les efforts sur le développement de matériels plus performants pour la dosimétrie bêta concernant plus spécialement l'exposition de la peau et la dosimétrie des neutrons qui contribuent à l'exposition globale de l'organisme.

Commentaire sur les résultats de cette étude : le problème de l'évaluation des doses neutrons.

Les systèmes dosimétriques doivent permettre l'évaluation aussi correcte que possibles des doses reçues, en tenant compte de la diversité des situations d'exposition, en particulier du type et de l'énergie du rayonnement ambiant et des contraintes existantes. Il est cependant admis un certain niveau d'incertitude sur l'évaluation de la dose, résultent d'une part, des nombreux facteurs (externes) susceptibles de faire varier la réponse du dosimètre : étalonnage, énergie et incidence du rayonnement, conditions environnementales (humidité, température, etc…) et, d'autre part, de l'imprécision au niveau de la lecture du résultat. La norme sur laquelle se fonde la réglementation admet que cette dose est faible. Dans les situations normales d'exposition rencontrées dans les installations, le niveau d'incertitude toléré peut aller jusqu'à 50%.

Il ressort de l'étude que les rayonnements bêta sont difficiles à détecter : peu pénétrants, ils sont rapidement arrêtés dans la matière. Dans les conditions normales, le risque d'exposition à ce type de rayonnements est essentiellement limité aux parties de l'organisme en contact direct avec des matières radioactives (la peau en général, les mais, les yeux).

Compte tenu de leurs spécificité (particules neutres, gamme d'énergie très étendue et effets biologiques dépendants de l'énergie), les neutrons sont des rayonnements encore plus délicats à mesurer. La Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR) ainsi que les experts français2 et internationaux s'accordent en effet à considérer que la limite de détection et les conditions de réponse en fonction de l'énergie du rayonnement des dosimètres individuels actifs ou passifs sont généralement meilleures pour les dosimètres gamma que pour les dosimètres neutrons. La difficulté technique d'évaluer les doses neutrons est triple :

suite:
® il est indispensable de connaître l'énergie du rayonnement neutronique car les facteurs dits de pondération, qui rendent compte des effets biologiques dans le calcul de la dose efficace varient dans un rapport de 1 à 4 selon cette énergie.

® Les neutrons qui se révèlent les plus difficiles à mesurer et qui ont la plus grande valeur du facteur de pondération sont d'une énergie dite "intermédiaire" (environ 500keV) et les détecteurs actuels y sont intrinsèquement très peu sensibles.

® Le rayonnement neutronique n'est jamais pur, mais associé à un rayonnement gamma qui gêne considérablement la qualité de la mesure.

En pratique, la connaissance du spectre énergétique de chaque poste de travail est indispensable pour étalonner correctement les dosimètres neutrons.

Cette difficulté explique l'imprécision des mesures et les sous-estimations mentionnées dans le rapport qui vient d'être publié. Aucun dosimètre existant sur le marché ne répond parfaitement aux normes, ce qui justifie, d'une part, la mise en oeuvre d'une surveillance d'ambiance sur les lieux de travail, en parallèle avec la dosimétrie individuelle, et, d'autre part, la poursuite des recherches pour la mise au point de nouveaux détecteurs.

Au niveau européen, le nombre de personnes surveillées pour l'exposition au rayonnement, neutronique est de 53 000 pour une population totale de 1 125 000 travailleurs surveillés.

La situation en France

L'arrêté du 23 mars 1999, qui précise les règles de la dosimétrie externe des travailleurs affectés à des travaux sous rayonnement ionisants, fixe les modalités de la surveillance dosimétrique des travailleurs exposés à ces rayonnements. La dosimétrie individuelle, réalisée à la fois en temps réel (dosimétrie active) et en temps différé (dosimétrie passive) doit être mise en place par l'employeur dans le cas de risque d'exposition externe (rayonnements X, gamma et neutrons) pour tous les travailleurs intervenants en zone contrôlée. L'arrêté précité précise notamment que "compte tenu des performances actuelles en matière de mesure des rayonnements bêta et neutrons, les résultats correspondants seront assimilés à des données complémentaires relatives à l'exposition".

Les travailleurs susceptibles d'être exposés aux neutrons en France sont au nombre de 16 000 soit moins de 10% de l'ensemble des travailleurs exposés aux rayonnements ionisants. Les populations exposées interviennent dans les secteurs suivant :

- industrie nucléaire (production d'énergie).

- applications militaires;

-cycle du combustible nucléaire (fabrication et retraitement).

- recherche (accélérateurs et réacteurs).

- médical (neutronthérapie et protonthérapie).

-utilisation de sources radioactives (humidimètres à neutrons)

L'OPRI assure mensuellement la fourniture de 130 000 dosimètres individuels parmi lesquels 3000 sont plus spécialement destinés à la surveillance de l'exposition aux neutrons.

Pour la majorité des installations connues, la dose neutron n'apporte qu'une contribution faible à la dose totale reçue par les travailleurs exposés. Toutefois, dans quelques installations du cycle du combustible nucléaire, la composante neutron peut atteindre 50% de la dose totale.

Les travaux en cours à l'IPSN pour améliorer la surveillance des doses.

L'IPSN est aujourd'hui en France, le laboratoire de référence pour la dosimétrie des neutrons, avec le statut de laboratoire associé du Bureau National de métrologie. Son laboratoire étudie de nouveaux capteurs permettant une mesure en temps réel de la dose due aux neutrons. Un premier détecteur répondant aux spécifications des normes a été mis au point et devrait être commercialisé d'ici le début de l'année 2001. Un second détecteur est également à l'étude en vue de disposer dans les prochaines années d'une nouvelle génération de dosimètres, encore plus élaborés.

Concernant la dosimétrie des photons qui constituent la source essentielle d'exposition des travailleurs, l'IPSN a testé récemment dans ses laboratoires les principaux dosimètres individuels électroniques qui existent sur le marché. Les résultats de cette étude seront diffusés très prochainement, ils montrent que tous cas appareils satisfaisant aux normes en vigueur.

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Notes :

1 BARTLETT.D.J., AMBROSI, P., BORDY, J.M. and VAN DUJK, J.W.E., Eds - Harmonisation and dosimetrix quality assurance in individual monitoring for external radiation - Special issue - Radiation Protection Dosimetry - 80 (1-2), 2000.
2 A. RANNOU. J.BARTHE, B. AUBERT, B.BREGEON, J. CHAMPLONG, P. COLSON, M. ESPAGNAN, Y. HERGAUT, J.C THEVENIN, M. VALERO - État de l'art des techniques de dosimétrie individuelle et analyse des besoins - RADIOPROTECTION 1998 33(4) 405 433.


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