La chasse à l'Energie grise
    Tout le monde parle d'économies d'énergie et pourtant le gaspillage continue allégrement. En particulier dans le domaines de l'énergie, en quelques décennies, l'humanité dilapide ce que la nature a mis des millions d'années à produire. Jour après jour, nous brûlons des tonnes et des tonnes de pétrole, de gaz naturel, de charbon, accumulant des gaz polluants dans l'atmosphère. En Suisse, la consommation d'énergie a doublé depuis le début des années 60. A ce rythme, la terre pourrait bien se transformer en une serre étouffante.
    Devrions-nous nous serrer la ceinture, alors que d'autres, les usines par exemple, consomment des quantités énormes d'énergie? C'est bien là que le bât blesse: les fabriques ne produisent que ce que nous demandons. C'est donc à nous de décider de ce que nous voulons acheter. nous pouvons choisir entre des produits dont la fabrication a coûté plus ou moins d'énergie. Nous savons en effet que la fabrication de n'importe quel article, du chewing-gum à la chaîne stéréo, nécessite de l'énergie. En d'autres termes, chque produit contient de l'énergie invisible: l'énergie grise.
    Compliqué? Bien sûr, l'énergie grise n'est pas "évidente". Mais traquons-la pour préparer l'avenir. Voilà la raison d'être de cette publication. Salut et... bonne chasse!
Sterly Meep


· Ils traquent l'insaisissable.
· Ils sont à l'affût d'un secret invisible.
· Ils donnent la chasse à l'énergie grise. Une énergie cachée, impalpable et inaudible.
· L'énergie grise est une énergie précieuse. Elle se cache dans tout ce que nous utilisons:
véhicules, vêtements, produits neufs ou bons à jeter.
· La grande traque mobilise sans relâche des chasseurs courageux.
· Car l'énergie grise se dissimule même où l'on s'y attend le moins.
· Dans un film de l'Office fédéral de l'énergie, les «Greyhunters» combattent ensemble le gaspillage de cette précieuse énergie.
· La chasse à l'énergie grise...
· Prochainement dans toutes les têtes.

 Tout a commencé avec la campagne Bravo! de l'Office fédéral de l'énergie. Dans un premier temps, celle-ci avait donné des conseils pratiques pour mieux utiliser l'énergie - à la maison et au travail. La campagne actuelle poursuit un nouvel objectif: l'utilisation économe de l'énergie grise. Mais avant de découvrir où elle se cache et comment mieux l'utiliser, il faut d'abord savoir de quoi il s'agit.
    Comment faire passer l'information? La réponse a été simple: au cinéma! Il y a eu 11 millions de places vendues en Suisse en 1991 - dont plus de 9 millions à des jeunes de 14 à 30 ans. Avant le film principal, les informations sur l'énergie grise atteignent ainsi quelque 300000 cinéphiles par semaine!

A partir d'ici, texte brut d'un scanning qui a de "petits" problèmes: patience...

    La «chasse à l'énergie grise" est en fait la bande-annonce d'un film à suspense qui n'a jamais été tourné. Le vrai film se déroule dans nos têtes, après la projection. Chacun de nous pensera à l'énergie grise et se posera des questions. Ft c'est précisément le but visé.
    Le scénario: les «Greyhunters», une équipe de battants, hommes et femmes, pourchassent l'énergie grise qui se cache par exemple dans les camions, les vêtements, les tunnels de lavage pour voitures, les montagnes de détritus ou les entrepôts. Plus il y a d'énergie grise dans un produit, plus les appareils détecteurs se mettent à grésiler et à s'affoler. Quand, dans la dernière scène, des quantités de produits submergent les «Greyhunters» sans défense, le spectateur aura compris qu'il lui faut faire quelque chose, lui aussi, et vite.
    Les investissements matériels nécessaires pour tourner cette histoire ont été étonnamment modestes. Pour économiser l'énergie grise, on a renoncé aux montages hollywoodiens. Toutes les scènes ont été filmées en décors réels. La centrale de commande, par exemple, avec ses câbles et ses conduites brillantes, appartient à une station d'épuration. Et la montagne de détritus est une véritable décharge de ferrailleur.
    Bien entendu, les «Greyhunters» sont de pure invention, de même que leurs détecteurs magiques. Mais le cinéaste suisse Ernst Wirz a su réaliser son histoire avec maîtrise de manière à rendre l'énergie grise quasiment palpable. Même si, dans notre vie de tous les jours, personne ne la voit, personne ne la sent et personne ne la touche.

Le b a, ba de l'énergie: rien de mystérieux
    Avec l'énergie «Made in Switzerland», nous n'irions pas bien loin. L'énergie indigène et renouvelable (force hydraulique / biomasse) ne suffit pas, et de loin, à couvrir nos besoins. C'est pourquoi nous devons également importer.
    Une partie de l'énergie, telle le bois et le charbon, peut être exploitée directement. Le plus souvent, elle doit cependant être transformée avant usage. Ainsi, le pétrole donne du mazout ou de l'essence, tandis que l'eau ou le nucléaire fournissent de l'électricité. Un des problèmes de ces transformations réside dans la chaleur produite, et qui n'est encore que rarement récupérée.
    A cela s'ajoute que nous devons fournir en moyenne deux fois plus d'énergie à nos appareils, installations et véhicules qu'ils n'en rendront sous forme de chaleur, de lumière ou de force motrice (énergie utile). Le moteur d'un véhicule, par exemple, n'a même qu'un rendement de 25 pour cent, parce qu'il ne transforme en force motrice qu'un quart de l'énergie contenue dans l'essence.
    L'énergie consommée directement par nos appareils, installations et véhicules, nous la payons, par exemple, lors du décompte de chauffage, avec la facture d'électricité ou à la colonne d'essence. Par ailleurs, nous consommons aussi l'énergie de manière indirecte. Nous achetons des walkmans, des vélomoteurs, des jeans, des shampoings, etc. D'autres ont investi de l'énergie pour fabriquer ces produits : l'industrie, l'agriculture et les services. Voila ce que nous appelons l'énergie grise.
    L'énergie grise est l'énergie utilisée pour la fabrication et l'élimination d'un produit ou la prestation d'un service.

 Jongler avec les calories, les joules et les kWh.
    Dans le temps, on parlait de calories. Avec une calorie, on pouvait réchauffer un gramme d'eau d'un degré Celsius. Aujourd'hui, l'unité de base est le joule. Un joule permet de lever un poids de 10 grammes a une hauteur d'un mètre. Cette énergie équivaut approximativement à un quart de l'ancienne calorie.
    La facture d'électricité nous débite des kilowatt-heures (kWh). Un kwh équivaut à 3,6 millions de joules. 1 kwh permet de lever, à une hauteur de 10 mètres, 735 sacs de sable de 50kg
    Une autre façon de visualiser cette unité d'énergie: avec 1 kWh d'électricité, une lampe économe d'une puissance de 11 watts brûle 90 heures durant.

L'idée du film: l'énergie grise est présente partout
Dans toutes les productions
    On n'en sort pas: ainsi, par exemple, les vélomoteurs et les voitures avalent d'importantes quantités d'énergie lors de leur fabrication,  avant même de faire leur premier plein de carburant et de prendre la route. S'il était possible de transformer en essence l'énergie grise cachée dans une voiture pesant une tonne, ce véhicule parcourrait allégrement 25000 kilomètres.
    Restons-en au trafic routier: l'énergie grise est aussi présente dans les routes, les tunnels et les ouvrages d'art. Des quantités énormes d'énergie ont été investies dans leur construction et leur entretien, énergie que nous payons avec nos impôts.
    Le vélo est un moyen de déplacement qui coûte peu d'énergie. La propulsion est fournie par notre propre force musculaire et la part de l'énergie grise liée à la production des bicyclettes et à l'utilisation des routes est vraiment modeste.
    Sans énergie, il n'y aurait pas non plus de vêtements. Filatures, teintureries, ateliers de tissage, centres de confection  tous ont besoin d'énergie! Qu'y faire? Au moment de l'achat, renseignons-nous sur la qualité, la facilité d'entretien et les possibilités de réparation des habits et chaussures. Ensuite, portons-les plus longtemps qu'auparavant et entretenons-les soigneusement.

Dans chaque entrepôt
    Le commerce ne saurait se passer des entrepôts, qui ne sont pas mis en cause ici. Mais là aussi, on utilise de l'énergie qui se cache finalement dans les différents produits. L'entrepôt est éclairé, le chauffage fonctionne en hiver et, selon les cas, on enclenche la climatisation en été. Ensuite, il faut de l'énergie pour les chariots élévateurs et les ordinateurs. Evidemment que réparties sur les différents produits, ce sont des quantités minimes. Mais au total, cela fait quand même pas mal d'énergie grise.
    La consommation d'énergie est encore plus importante dans le cas des produits surgelés, puisque la chaîne du froid doit impérativement être maintenue depuis la congélation sur les lieux de production jusqu'à la décongélation dans la cuisine. Il est par conséquent évident, que les produits frais contiennent moins d'énergie grise.

Dans chaque transport
    Bien sûr: chaque produit doit être transporté depuis le lieu de production jusqu'au lieu de consommation. Même une pomme doit couvrir une certaine distance entre l'arbre et le consommateur. Ce qui généralement coûte de l'énergie. Par exemple, de l'essence ou du diesel.
    Si on a le choix entre des Golden de Californie et des Maigold valaisannes, on imaginera les énormes quantités d'énergie grise grignotées par les pommes américaines entre San Francisco et Lausanne. Sans parler de la pollution atmosphérique due aux gaz d'échappement.

Dans chaque emballage
    Les emballages sont indispensables quand ils protègent le produit. Mais pensons aux quantités d'emballages de luxe, d'emballages bidon et d'emballages d'emballages, bien souvent inutiles, qui doivent être éliminés à grands frais. Le film y fait aussi allusion. Pour que chacun pense à acheter des produits emballés simplement et à bon escient. Ou mieux encore des produits qui ne sont pas emballés du tout. Comme, par exemple, les fruits et légumes vendus au détail.
    C'est à peine croyable  mais en moyenne, chaque Suisse jette chaque année une centaine de kilos de produits d'emballage. Ce qui correspond à une énergie grise de quelques 100 kwh. Autant d'électricité suffirait à éclairer le salon tous les soirs pendant 4 heures avec une lampe économe de 11 watts - durant à peu près six ans!

Dans tous les déchets
    Dans les sacs poubelles gonflés, de grandes quantités d'énergie jonchent le bord des rues, cachées dans les produits usés que nous jetons. Nous avons différents moyens de combattre un tel gaspillage. D'abord, nous pouvons simplement produire moins de déchets. Dans la mesure du possible, nous achetons la meilleure qualité, qui dure plus longtemps, et nous évitons les emballages inutiles. Ensuite, nous trions les déchets. Le verre avec le verre, le papier à part et les piles aussi, et ainsi de suite. Ces produits pourront donc être recyclés, l'énergie grise ainsi économisée et notre environnement préservé.

Comment les «vrais Greyhunters» mesurent l'énergie grise
    Aucun livre de physique ne parle pour l'instant de «l'énergie grise». Les consommateurs ne s'en soucient guère, puisqu ils ne doivent pas la payer directement  Pourtant, ils la financent sans s'en rendre compte en achetant des produits et des services.
    Pour déterminer la teneur en énergie grise, les spécialistes font des calculs fort compliqués. Ils disposent pour cela de différentes méthodes. Mais plutôt que l'avalanche de chiffres, c'est l'idée générale qui nous intéresse ici.
    Comment pouvons-nous estimer l'énergie grise contenue dans nos achats? Une première méthode détermine la consommation énergétique globale d'un secteur économique, par exemple de la branche alimentaire. La valeur ohtenue est mise en relation avec le chiffre d'affaires de la branche.
    Résultat  un «franc alimentaire» contient environ 1,5 kWh (c'est-à-dire 6 millions de joules) d'énergie grise.
    Une autre méthode, plus précise, décortique entièrement le produit concerné. Chacun de ses éléments est fabriqué individuellement avant d'être assemhlé. Pour ce faire, on utilise une quantité d'énergie plus ou moins grande, selon les matières et les procédés utilisés, et selon le lieu de production. L'évaluation détaillée tiendra même compte de la colle qui sert à faire tenir l'étiquette sur l'emballage.
    Prenons l'exemple d'une boîte en alu. Avant de désaltérer, la boîte passe par une dizaine opérations. Extraction du minerai, fonte, laminage, estampage, soudage, impression, remplissage, emballage, etc. Chacune de ces opérations consomme une certaine quantité d'énergie. Que ce soit pour l'exploitation des machines, pour la fabrication des produits chimiques nécessaires au processus ou pour les transports. Toutes ces consommations additionnées représentent l'énergie grise cachée dans chaque boîte. Elle suffirait à une lampe économe de 11 watts pour nous éclairer pendant 80 heures!

Les conclusions sont évidentes. Pour nous du moins.

- Tout le monde parle d'économies d'énergie. Agissons, et tout de suite,
- Achetons des produits de la région, parce que nous savons que les longs transports engloutissent de grandes quantités d'énergie grise.
- Suivons les saisons, achetons les fruits et les légumes que la nature nous offre. D'une part, le goût est meilleur et ensuite, nous sommes sûrs qu'ils renferment peu d'énergie grise.
- Choisissons mieux les produits, demandons la qualité qui dure plus longtemps.
- Préférons les articles réutilisables et veillons à ce que les composants puissent être recyclés. Ainsi, une partie de l'énergie cachée pourra être réutilisée.
- Assez des emballages inutiles, car nous savons qu'ils contiennent aussi de l'énergie grise. Achetons des bouteilles et des sachets avec recharge, autant que possible.
- Constatons que l'énergie grise peut aussi être fort utile, à condition d'être mise en oeuvre à bon escient. Par exemple, la production des lampes économes, il est vrai, coûte 30 fois plus d'énergie grise que celle des lampes à incandescence classiques. Mais cet investissement est déjà amorti au bout de 700 heures de fonctionnement, parce que la lampe économe consomme cinq fois moins de courant que l'autre. Sa durée de vie est de plus dix fois supérieure.
- Plaçons l'énergie grise au centre des discussions. Parlons-en, argumentons et raisonnons. Faisons comprendre que seul celui qui connaît l'énergie grise pourra agir.

Montrons l'exemple!
Achetons des produits de la région
Préférons les fruits et légumes de saison
Allons aux magasins les plus proches
Refléchissons deux fois avant d'acheter
Comparons bien les produits
Achetons des produits frais
Préférons les produits de qualité
Lisons les indications du fabricant
Contrôlons les possibilités de réparation au moment de l'achat
Préférons les bouteilles et emballages rechargeables
Préférons les matériaux recyclables
Branchons nos appareils électriques sur le secteur plutôt que d'utiliser des piles
Entretenons nos objets (graisser le vélo, cirer les chaussures, etc.)
Portons les vêtements longtemps
Réparons les articles endommagés
Réutilisons autant de fois que possible les articles qui s'y prêtent
Recyclons au lieu de jeter
Préférons les transports publics
Discutons de l'énergie grise
Demandons d'autres informations à l'Office fédéral de l'énergie
(OFEN, 3003 Berne)
Ne jetons pas la présente information, mais mettons-la en pratique et faisons-la circuler pour que d'autres en profitent.

Quelque exemples dont nous ne sommes pas sûrs. Mais que nous discutons, par exemple à l'école...
Où y a t il le plus d'énergie grise et pourquoi?
dans les concerts «Live» ou dans les disques compacts?
dans les baskets ou dans les sandales en cuir?
dans les paniers ou dans les boîtes en carton?
dans les bas nylon ou les chaussettes de laine?
dans les bouteilles en "PET» ou dans les boîtes en alu?
dans une chaise en bois ou dans un siège en plastique?
dans un crayon ou dans un stylo bille?
dans la télévision ou au cinéma?

Ou se cache I energie grise...
dans les réfrigérateurs?
dans les capteurs solaires?
dans les baladeurs»
dans les vélomoteurs?
dans les...?

Mandat: Office fédéral de l'énergie
Concept: Impuls Werbung AG, Küsnacht
Mise en scène: Ernut Wirz
Production: Stetan Fruetel
Réalisation: Vreny Hochuli, Nadia Rosasco
Caméra: Roli Schmid
Musique: Billy Wirz, Crazy Tunes Studios
Acteurs: Cornelia Crolimund, Emilie Herting, Luigi Macor, Stéphane Ribeaud, Yves Spink et d'autres.
Nos remerciements à: Zürcher Freilager Embrach, Stadtentwässerung Zürich, Reko Lagerhallen, Autowaschanlage Kloten, Alteisen Dübendorf